« Ne remettons pas en jeu les résultats obtenus »

Déclaration gouvernementale de la Chancelière fédérale « Ne remettons pas en jeu les résultats obtenus »

Devant le Bundestag, Angela Merkel a affirmé que l’on était parvenu ensemble à ralentir la propagation du coronavirus. Elle a insisté par ailleurs sur la nécessité de ne pas assouplir trop vite les mesures prises pour lutter contre le virus. « Nous nous aventurons en terrain risqué », a-t-elle déclaré, ajoutant que la solidarité européenne était plus que jamais indispensable pour combattre la pandémie et ses conséquences.

La chancelière fédérale Angela Merkel

La chancelière fédérale a parlé de la pandémie avec les autres dirigeants européens

Photo : Bundesregierung/Steins

Monsieur le Président ! Chers collègues ! Mesdames, Messieurs ! Nous vivons des temps absolument hors du commun, des temps difficiles. Et nous tous, le gouvernement et le parlement, notre pays entier, faisons face à la plus grande épreuve depuis la Seconde Guerre mondiale, depuis les débuts de la République fédérale d’Allemagne. Il y va ni plus ni moins de notre vie et de notre santé à tous. Et il y va de la cohésion et de la solidarité dans notre société et en Europe.

Je me tiens devant vous en tant que chancelière fédérale d’un gouvernement qui, ces dernières semaines, a décidé avec les Länder de mesures pour lesquelles il n’existe aucun modèle historique pouvant nous guider. Nous vous avons transmis, vous qui êtes au parlement, des projets de loi et vous avons demandé d’octroyer des moyens financiers dont le montant dépassait tout bonnement notre imagination avant la pandémie de COVID-19. Le Bundestag allemand, comme le Bundesrat d’ailleurs, a discuté et adopté très rapidement, dans des conditions difficiles, les mesures législatives – pour cela, je vous remercie du fond du cœur.

Cela fait maintenant plusieurs semaines que nous vivons une période de pandémie. Chacun et chacune d’entre nous a dû s’adapter à cette situation nouvelle, aussi bien sur le plan privé que professionnel. Chacun et chacune d’entre nous peut témoigner de ce qui lui manque particulièrement ou des principales difficultés qu’il ou elle a rencontrées. Et je comprends que la vie dans ces conditions, sous le coronavirus, nous paraît à tous longue, très longue.

La vérité, même si elle ne fera plaisir à personne, c’est que nous ne sommes pas dans la phase finale de la pandémie, mais toujours au début. Il va nous falloir vivre encore longtemps avec ce virus. La question de savoir comment éviter que le virus ne vienne submerger à un moment donné notre système de santé et ne cause ainsi la mort d’innombrables personnes demeurera encore longtemps la question centrale des politiques en Allemagne et en Europe.

Je sais bien à quel point les restrictions pèsent sur nous tous en tant qu’individus, mais aussi en tant que société. Cette pandémie met notre démocratie à l’épreuve, car elle limite précisément ce que sont nos droits et besoins vitaux – aussi bien ceux des adultes que ceux des enfants. Une telle situation ne peut être acceptable et supportable que si les raisons de ces restrictions sont transparentes et compréhensibles, si les critiques et les contestations sont non seulement permises, mais aussi exigées et entendues de manière réciproque. C’est en cela que la presse libre est utile. C’est en cela que notre ordre fédéral est utile. Mais c’est aussi en cela que la confiance mutuelle, telle que nous l’avons vécue ici au parlement et partout dans le pays ces dernières semaines, est utile. Il est admirable de voir à quel point ce fut une évidence pour les citoyennes et les citoyens de s’entraider et de se limiter en faveur des autres.

Soyez assurés que jamais je n’ai eu de décision plus difficile à prendre durant mon mandat de chancelière fédérale que celle de restreindre les libertés individuelles. Que les enfants ne puissent pour l’instant pas rencontrer leurs copains et copines en toute insouciance et que cela leur manque tellement me pèse aussi. Qu’à l’heure actuelle, on ne puisse de manière générale se promener qu’avec une seule personne en dehors de son propre foyer et que l’on doive toujours faire attention à respecter la distance de sécurité si importante me pèse aussi.

Et ce que les personnes vivant dans des centres de soins, des EHPADs ou des établissements pour personnes handicapées doivent endurer me pèse aussi profondément. Dans ces établissements où, en temps normal, la solitude peut déjà devenir un problème, on se sent encore beaucoup plus isolé en période de pandémie, sans recevoir un seul visiteur. Il est terrible de ne pouvoir avoir personne à ses côtés en dehors des soignants – qui pourtant font de leur mieux – lorsque l’on sent ses forces décliner et que la mort approche. N’oublions jamais ces personnes et l’isolement temporaire dans lequel elles doivent vivre. Ces octogénaires et nonagénaires ont bâti notre pays. La prospérité dans laquelle nous vivons, ce sont eux qui l’ont construite.

L’Allemagne, ce sont eux, au même titre que nous, leurs enfants et petits-enfants. Et la lutte contre le virus, nous la menons aussi pour eux. C’est également la raison pour laquelle je suis convaincue que ces restrictions extrêmement difficiles sont néanmoins nécessaires si nous voulons surmonter cette crise dramatique en tant que communauté et protéger ce qui est au cœur de notre action en vertu de notre Loi fondamentale : la vie et la dignité de tout un chacun.

Notre rigueur vis-à-vis de nous-mêmes, la discipline et la patience dont nous avons fait preuve ces dernières semaines nous ont permis de ralentir la propagation du virus. Cela ne paraît pas grand-chose, mais il s’agit de quelque chose d’extrêmement précieux. Nous avons gagné du temps et utilisé ce temps précieux pour renforcer encore notre système de santé.

Les services de réanimation sont la clé de voûte de tous les efforts déployés dans le monde médical. C’est là que se joue le destin des personnes les plus sévèrement touchées par le COVID-19. Nous connaissons tous les récits épouvantables sur la situation dans les hôpitaux dans certains pays qui ont été tout bonnement submergés par le virus durant plusieurs semaines. L’objectif du gouvernement fédéral, à la fois simple et ô combien ambitieux, est justement d’éviter cela. Je remercie notre ministre fédéral de la Santé Jens Spahn, mais aussi les ministres de la Santé des Länder qui œuvrent inlassablement à cet objectif – et avec des résultats visibles.

Nous avons nettement augmenté le nombre de lits avec respirateur artificiel. Avec la loi sur l’allègement des charges financières des hôpitaux face à l’épidémie de COVID-19, nous avons fait en sorte que les hôpitaux puissent renforcer leurs capacités de soins intensifs. Aujourd’hui, force est donc de constater que jusqu’ici, notre système de santé tient bon face à cette épreuve. Tous les patients atteints du COVID-19, même les cas les plus sévères, reçoivent les meilleurs soins humainement possibles.

Plus qu’à toutes les mesures publiques, nous le devons au dévouement des médecins, du personnel soignant et des secouristes, des nombreuses personnes, avec leur engagement et leur énergie, sans qui ce que nous appelons souvent simplement « notre système de santé » n’existerait pas. Vos applaudissements témoignent de notre gratitude envers eux, et j’en profite également pour remercier les soldates et les soldats de la Bundeswehr qui aident à bien des endroits.

Notre système de santé public joue un rôle tout aussi décisif, bien que moins connu du public, dans la lutte contre la pandémie. Il comprend presque 400 offices locaux de santé publique. Si nous voulons réussir à maîtriser et à endiguer l’infection dans les prochains mois, nous aurons besoin d’offices solides, et même encore plus solides qu’ils ne l’étaient avant la pandémie.

C’est la raison pour laquelle la Fédération et les Länder viennent de convenir de renforcer leurs effectifs afin qu’ils puissent par exemple assumer efficacement leur tâche on ne peut plus importante et même décisive : le traçage des personnes qui ont été en contact avec des malades. Par ailleurs, l’institut Robert Koch constituera 105 équipes mobiles d’étudiants, les « containment scouts », qui pourront intervenir là où des besoins particuliers se font sentir.

Dès le départ, le gouvernement fédéral s’est également consacré au sujet des équipements de protection personnelle. L’approvisionnement de ces biens, notamment en masques médicaux de protection, est rapidement devenu une mission majeure non seulement pour nous, mais pour le monde entier. Car les lits de réanimation et les aspirateurs disponibles ne servent à rien si les médecins, si les soignants ne sont pas en bonne santé.

Sur les marchés mondiaux, la situation concernant ce type de matériel est tendue. Durant les premières semaines de la pandémie, on a assisté à des pratiques commerciales plutôt dures. Bien qu’en vertu de la loi sur la protection contre les infections, cela ne relève pas de ses compétences, le gouvernement fédéral a donc décidé de coordonner de manière centrale l’acquisition d’équipements de protection personnelle et de les distribuer ensuite aux Länder. Je souhaite également remercier les entreprises qui ont mis leur expertise à notre service.

L’enseignement que l’on peut tirer de cette pandémie, c’est qu’il n’est pas bon que les équipements de protection soient uniquement produits dans des pays lointains. Des masques qui ne coûtent que quelques centimes peuvent devenir un facteur stratégique en cette période de pandémie. La République fédérale d’Allemagne et l’Union européenne prennent donc des mesures pour être à nouveau moins tributaires de pays tiers dans ce domaine. Par conséquent, nous travaillons d’arrache-pied pour renforcer les capacités de production en matière d’équipements de protection en Allemagne et en Europe.

Si nous nous demandons ce qui nous a été bénéfique durant cette première phase de propagation du virus, on constate que ce sont – outre le nombre relativement important de lits de réanimation – les capacités élevées de tests ainsi que la densité de notre réseau de laboratoires. Les experts nous disent qu’il faut tester, tester, tester. Ainsi, nous pourrons mieux mesurer l’étendue de l’épidémie en Allemagne, aurons une meilleure idée du nombre de cas non recensés et pourrons tester plus souvent le personnel soignant afin de diminuer le risque de contagion dans les hôpitaux et les EHPADs. C’est la raison pour laquelle nous avons déjà augmenté continuellement les capacités de dépistage global et que nous allons les renforcer davantage.

Cependant, seul un vaccin nous permettra finalement de mettre un terme à la pandémie de COVID-19, du moins d’après tout ce que nous savons jusqu’à présent sur le virus. Dans plusieurs pays du monde entier, les chercheurs sont à la recherche d’un vaccin. Le gouvernement fédéral apporte un soutien financier pour que le pôle de recherche qu’est l’Allemagne puisse lui aussi apporter sa contribution. Mais nous soutenons également financièrement des initiatives internationales comme l’initiative de vaccin CEPI.

Le gouvernement fédéral a également débloqué rapidement des moyens considérables pour le développement de médicaments et en faveur d’un nouveau réseau national de recherche sur le COVID-19. Cela permettra aux chercheurs et aux médecins dans tous les centres hospitaliers universitaires allemands d’œuvrer main dans la main à cette mission. Beaucoup d’études seront encore nécessaires, y compris de futures études sur les anticorps. Pour cela, nous sommes donc bien équipés.

Mais la science n’est jamais une affaire nationale. La science est au service de l’humanité. Par conséquent, cela va de soi qu’une fois que des médicaments ou qu’un vaccin seront trouvés, testés, autorisés et opérationnels, ils devront ensuite être disponibles dans le monde entier et abordables pour tous.

Seule une action commune de tous les États peut permettre de refouler et d’endiguer un virus qui se propage dans presque tous les pays du monde. Pour le gouvernement fédéral, la coopération internationale contre le virus est de la plus haute importance. Nous nous concertons au sein de l’Union européenne, tout comme dans le cadre du G7 et du G20.

Avec notre décision de geler cette année les remboursements de dettes des 77 pays les plus pauvres de la planète, nous avons pu alléger quelque peu le fardeau qui pèse sur ces groupes d’États déjà rudement éprouvés. Mais il est bien évident que l’on ne pourra pas se limiter à ce soutien. Pour le gouvernement fédéral, la coopération avec les pays d’Afrique est toujours une priorité, une priorité que nous devons encore renforcer dans cette crise du coronavirus.

Le travail que fournit l’Organisation mondiale de la Santé est essentiel pas seulement mais surtout en Afrique. Je le répète au nom du gouvernement fédéral : l’OMS est un partenaire indispensable et nous lui apportons notre soutien en vue de l’accomplissement de son mandat.

Mesdames, Messieurs, si l’on considère en Allemagne les tout derniers chiffres publiés par l’institut Robert Koch, les indicateurs montrent que les choses évoluent dans la bonne direction, par exemple vers un ralentissement de la propagation du virus, le nombre de personnes guéries dépassant actuellement le nombre de nouveaux cas. C’est un succès d’étape. Mais c’est justement parce les chiffres suscitent des espoirs que je me dois de vous mettre en garde : ce succès d’étape est fragile. Nous nous aventurons en terrain risqué, je dirais même très risqué.

La situation est trompeuse et nous sommes loin d’en avoir fini car, face au virus, il nous faut toujours garder à l’esprit que les chiffres d’aujourd’hui reflètent les infections d’il y a 10 à 12 jours. Le nombre actuel des nouveaux cas ne nous renseigne donc pas sur ce que sera la situation dans une ou deux semaines si nous avons entre-temps autorisé de nouveaux contacts nettement plus nombreux.

Chers collègues, je voudrais profiter de cette occasion pour vous expliquer encore une fois un peu plus en détail ce qui me préoccupe actuellement. Les décisions politiques font toujours partie, c’est certain, d’un processus de réflexion permanent mené en notre âme et conscience. Il en est de même pour les décisions concernant la lutte contre l’épidémie de coronavirus, qui ont assurément un impact énorme sur le bien-être des habitants de notre pays.

Dans ce processus de réflexion extrêmement important et que nul ne prend à la légère, je le sais, ni au niveau fédéral ni au niveau des Länder, je suis persuadée qu’en faisant preuve maintenant, au début de cette pandémie, de la plus grande persévérance et de la plus grande discipline dans la lutte contre le coronavirus, nous permettrons à la vie économique, sociale et publique de reprendre plus rapidement – et pour longtemps – que si nous nous croyons à tort en sécurité, surtout au début, à cause du nombre d’infections encourageant.

En d’autres termes, si nous sommes disciplinés dès le départ, nous parviendrons beaucoup plus vite à rétablir aussi bien la santé et l’activité économique que la santé et la vie sociale. Le virus n’en aura pas disparu pour autant, mais avec de la concentration et de la persévérance, précisément au début, nous pourrons éviter de passer d’une fermeture générale à l’autre, de devoir isoler pendant des mois certains groupes de personnes, ou encore d’être confrontés dans nos hôpitaux aux mêmes conditions terribles qu’ont connues malheureusement certains autres pays. Plus nous supportons et respectons à la lettre les restrictions au début de la pandémie, et réduisons ainsi le nombre d’infections, plus cela aura un effet bénéfique non seulement sur la santé de tous mais aussi sur la vie économique et sociale, car cela nous permettra d’identifier systématiquement chaque chaîne d’infection et donc de maîtriser le virus. C’est cette conviction qui me guide dans mon action.

Je vous le dis très franchement : je suis entièrement convaincue de la justesse des décisions prises mercredi dernier par la Fédération et les Länder. Pourtant, je m’inquiète de voir comment elles sont appliquées depuis.

Selon moi, elles sont appliquées en partie de manière très brusque, pour ne pas dire trop brusque. Quand je dis cela, cela ne change en rien, bien entendu, le fait que je respecte pleinement la souveraineté attribuée aux Länder dans de nombreux domaines en raison du fédéralisme établi par notre Loi fondamentale, y compris naturellement en ce qui concerne la loi sur la protection contre les infections. Notre système fédéral est fort. Je tenais à le redire haut et fort pour éviter tout malentendu.

Cela ne m’empêche pas de considérer comme mon devoir, lorsque j’en suis convaincue, de vous prévenir qu’il n’est pas bon de vivre uniquement d’espoir. C’est la même mise en garde que j’exprime dans mes échanges avec les ministres-présidentes et ministres-présidents, ainsi que devant cette Haute Assemblée : ne remettons pas en jeu maintenant les résultats obtenus, ne risquons pas un retour en arrière !

Il serait infiniment dommage que nous soyons finalement punis pour avoir espéré trop tôt. Sachons tous rester avisés et prudents pour aborder la prochaine phase de la pandémie. Le chemin sera long, il importe donc que nous ne manquions pas trop tôt de force et de souffle.

Il est évident que nous ne pourrons pas retrouver tout de suite notre vie d’avant le coronavirus. La vie de tous les jours sera différente pendant longtemps encore, même si les modèles de traçage numérique envisagés actuellement deviennent opérationnels. Les règles de distanciation strictes, les consignes en matière d’hygiène mais aussi les restrictions de contacts continueront d’en faire partie. Cela concerne par exemple l’ouverture des écoles et des crèches. Les Länder sont en train de mettre en œuvre ou de préparer très concrètement la réouverture progressive des établissements scolaires. Cela nécessite beaucoup d’énergie créative. Je remercie dès aujourd’hui tous ceux qui s’engagent actuellement dans ce sens. Je sais qu’ils sont très, très nombreux.

Je disais tout à l’heure que nous traversons la plus dure épreuve de toute l’existence de la République fédérale d’Allemagne. Cela s’applique malheureusement aussi à l’économie. Nous ne pouvons pas encore prédire aujourd’hui vraiment sérieusement à quelle hauteur se chiffreront les pertes à la fin de l’année et pour combien de temps ni quand viendra la reprise, car cela aussi dépend, bien entendu, de la façon dont nous parviendrons à maîtriser le virus.

La pandémie nous a frappés à un moment où nos budgets sont sains et nos réserves fortes. Des années de politique de rigueur nous viennent maintenant en aide. L’enjeu consiste à soutenir notre économie et à déployer un bouclier pour protéger tous nos travailleurs. Des millions de demandes concernant différents programmes de soutien nous sont parvenues ; des millions de personnes et d’entreprises ont déjà reçu de l’argent. Toutes ces mesures légales, nous avons pu les adopter rapidement et à une écrasante majorité. Notre démocratie parlementaire est forte, elle est performante et extrêmement rapide en temps de crise.

Hier soir aussi, au sein de la Commission des responsables des partis de coalition, nous avons encore adopté de nouvelles mesures, dont vous êtes informés. Cependant, tous nos efforts à l’échelon national ne pourront finalement aboutir que si nous réussissons également ensemble à l’échelon européen. Vous m’avez déjà souvent entendu dire dans cette même enceinte que l’Allemagne ne peut aller durablement bien que si l’Europe va bien. Je le redis aujourd’hui une fois encore très, très sérieusement.

Comment cela se traduit-il dans la pratique ? Nous avons par exemple accueilli en Allemagne, dans nos services de réanimation, plus de 200 malades venus d’Italie, de France ou des Pays-Bas. Nous avons fourni du matériel médical par exemple en Italie ou en Espagne et rapatrié chez eux des quatre coins du monde, en plus de nos propres ressortissants, des milliers d’autres Européennes et Européens, grâce d’ailleurs à l’ensemble des collaboratrices et collaborateurs de notre ministère fédéral des Affaires étrangères que je remercie chaleureusement. On a du mal à imaginer combien d’Allemands se trouvent hors des frontières de notre pays, mais nous avons pu aussi aider de nombreux autres Européens. Je vous en remercie.

Nous avons également agi ensemble pour faire face à une chute massive de l’économie européenne. Pour cela, nous avons eu recours à une série de mesures d’aide aux entreprises et aux salariés qui représentent quand même 500 milliards d’euros. Ce sont notre ministre fédéral des Finances Olaf Scholz et ses homologues de l’Eurogroupe qui ont adopté ces mesures il y a deux semaines. Il s’agit maintenant de débloquer réellement ces 500 milliards d’euros ; il faudra pour cela que le Bundestag adopte lui aussi des décisions. Je serais heureuse de pouvoir dire que cet argent sera réellement disponible au 1er juin. Car il s’agit d’aides aux petites et moyennes entreprises, de lignes de crédits provisoires, et aussi d’indemnités de chômage partiel pour lesquelles certains États membres ne disposent peut-être pas des ressources financières nécessaires alors que ces mesures peuvent beaucoup aider les travailleuses et les travailleurs sur place.

Certains de nos partenaires européens – mais c’est aussi un thème sur lequel porte le débat politique en Allemagne – réclament actuellement une mutualisation des dettes avec une responsabilité partagée pour faire face à la crise. Cette question jouera sûrement à nouveau un rôle cet après-midi lors de la visioconférence du Conseil européen. À supposer que nous ayons réellement le temps et la volonté politique de procéder à cette mutualisation, il faudrait que tous les parlements nationaux au sein de l’Union européenne, le Bundestag aussi, décident d’amender les traités européens pour qu’une partie du droit budgétaire soit transféré à l’échelon européen et y soit soumis à un contrôle démocratique. Ce serait un processus chronophage et difficile, qui de surcroît ne pourrait pas aider directement dans la situation actuelle étant donné qu’il importe actuellement de fournir une aide rapide et d’avoir rapidement en main les instruments susceptibles d’amortir les conséquences de la crise.

Nous discuterons également aujourd’hui en Conseil européen de la manière dont nous entendons procéder en Europe pendant la période qui suivra la levée des restrictions drastiques. Nous voulons agir vite en Europe, car nous avons bien entendu besoin des instruments qui nous permettront de surmonter les conséquences de la crise dans tous les États membres.

Dans ce contexte, il est important à mes yeux dans un premier temps que la Commission européenne contrôle en continu, maintenant et dans les semaines à venir, dans quelle mesure la crise affecte les différents secteurs de l’économie en Europe et quelles actions sont nécessaires de ce fait. Cela concerne donc aussi l’aide immédiate à l’économie européenne. Un plan de relance européen pourrait, au cours des deux prochaines années, donner un coup de pouce à la reprise nécessaire. Nous travaillerons donc également dans ce sens.

Lors de nos entretiens d’aujourd’hui, il ne s’agira certes pas encore de fixer les détails ni de décider déjà de l’ampleur de ce plan. Cependant, dès aujourd’hui une chose est claire : nous devrions être prêts, dans un esprit de solidarité et pour une période limitée, à apporter des contributions beaucoup plus importantes au budget européen. Car nous voulons que tous les États membres de l’Union européenne puissent voir leur économie redémarrer.

Un tel plan de relance devrait toutefois être conçu d’emblée en même temps que le budget européen ; depuis des décennies, le budget européen commun est en effet l’instrument éprouvé du financement solidaire des missions communes de l’Union européenne.

De plus, j’insisterai aujourd’hui pour que le Conseil européen se penche très bientôt sur des questions fondamentales : dans quels domaines devons-nous coopérer encore plus étroitement à l’échelon européen ? Dans quels domaines l’Union européenne a-t-elle besoin de compétences supplémentaires ? Quelles capacités stratégiques devrons-nous avoir ou conserver à l’avenir en Europe ? Nous pourrions approfondir cette Union non seulement dans le domaine budgétaire, du numérique et du marché intérieur ; la solidarité européenne est en effet également attendue dans le domaine des migrations, de l’État de droit, de la politique européenne de sécurité et de défense ou de la lutte contre le changement climatique. Monsieur le Président, chers collègues, l’engagement pris en Allemagne envers l’Europe unie fait partie de notre raison d’État. Ce ne sont pas de belles paroles mais une affirmation : nous sommes une communauté de destin.

Face à ce défi sans précédent de la pandémie, l’Europe doit maintenant le prouver.

Cette pandémie nous touche tous mais pas de la même manière. Si nous n’y prenons pas garde, elle servira de prétexte à tous ceux qui cherchent à diviser la société. L’Europe n’est pas l’Europe si elle ne se considère pas en tant que telle.

L’Europe n’est pas l’Europe si elle ne manifeste pas sa solidarité dans une période de détresse dont elle n’est pas responsable.

Face à cette crise, nous avons également pour mission de montrer quelle Europe nous voulons être.

Je terminerai ce discours en revenant à l’idée de la solidarité. Ce qui vaut pour l’Europe est également essentiel pour nous en Allemagne. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, pendant les semaines où nous avons été contraints de nous tenir loin les uns des autres, où la proximité a dû faire place à la distance, nous avons été solidaires et avons réussi, grâce à cette solidarité, au moins à ralentir le virus dans sa progression à travers l’Allemagne, à travers l’Europe. Aucun gouvernement ne peut tout simplement donner un tel ordre. Un gouvernement peut finalement tout au plus avoir un tel espoir. Or cela n’est possible que si des citoyennes et des citoyens qui ont du cœur et du bon sens agissent pour leurs semblables, pour leur pays, disons-le : pour le bien de tous.

J’en suis infiniment reconnaissante et j’espère que nous poursuivrons dans cette voie durant la période à venir. Ce sera encore très dur pendant longtemps mais je ne doute pas après ces premières semaines de pandémie que nous parviendrons ensemble à relever ce défi gigantesque : ensemble en tant que société, ensemble en Europe.

Je vous remercie.