« La situation est gravissime »

Sécurité alimentaire mondiale « La situation est gravissime »

Selon les estimations, il faut s’attendre cette année à une augmentation de l’insécurité alimentaire, portant à plus de 320 millions le nombre de personnes qui ne pourront plus se nourrir à leur faim, « un chiffre à peine imaginable », souligne le chancelier fédéral. « La responsabilité de cette aggravation de la situation incombe à la Russie », ajoute Olaf Scholz. Le gouvernement fédéral a organisé une conférence internationale afin de réfléchir à des solutions.

La ministre des Affaires étrangères, la ministre du Développement et le ministre de l’Alimentation lors de la conférence de presse sur la sécurité alimentaire mondiale

La ministre des Affaires étrangères Mme Baerbock (à dr.), la ministre du Développement Mme Schulze (au centre) et le ministre de l’Alimentation M. Özdemir (à g.) ont souligné l’importance à ce jour d’une action commune à l’échelle internationale.

Photo : picture alliance/dpa/Bernd von Jutrczenka

Les pays du G7, des pays partenaires ainsi que des représentants des Nations Unies, d’organisations non gouvernementales et des pays menacés par la famine se sont réunis à Berlin sur invitation de la cheffe de la diplomatie allemande Annalena Baerbock, de la ministre fédérale du Développement Svenja Schulze et du ministre fédéral de l’Alimentation Cem Özdemir à l’occasion d’une conférence internationale pour la sécurité alimentaire mondiale intitulée « S’unir pour la sécurité alimentaire mondiale ». L’objectif est de trouver des réponses communes à la menace de crise alimentaire mondiale consécutive à la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine.

Dans son message vidéo, le chancelier fédéral indique que, selon les Nations Unies, il faut s’attendre à la plus grave famine que l’on ait jamais connue depuis des décennies. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, 323 millions de personnes dans le monde seront, cette année, en danger de mort ou verront leur existence menacée, soit 47 millions de plus rien qu’à cause de l’invasion russe de l’Ukraine. « La responsabilité de l’aggravation de la situation incombe à la Russie, et à la Russie seule », a souligné Olaf Scholz.

La conférence a pour objectif de faire preuve de solidarité avec la population ukrainienne, de rendre possibles et de sécuriser les exportations en provenance d’Ukraine, de renforcer l’aide d’urgence à destination de ceux qui sont sérieusement menacés par la famine mais aussi d’aider l’Ukraine à subvenir elle-même à ses besoins. La rencontre s’inscrit dans une initiative diplomatique, de politique de développement et de politique agricole de l’Allemagne et sert également à préparer le sommet du G7 qui commence dimanche à Elmau, en Bavière. Plus de 50 délégations et 40 ministres du monde entier participeront à cet événement. Par ailleurs, d’autres partenaires doivent être ralliés à l’Alliance mondiale pour la sécurité alimentaire, lancée par l’Allemagne en concertation avec la Banque mondiale dans le cadre de la présidence allemande du G7.

Les activités doivent être regroupées

Le gouvernement fédéral s’engage aux niveaux national, européen et international pour éviter une crise alimentaire mondiale. En tant que membre du Groupe mondial d’intervention en cas de crise alimentaire, énergétique et financière, créé par le secrétaire général des Nations Unies António Guterres, Berlin travaille à l’élaboration de solutions globales et solidaires.

« La situation est gravissime », a déclaré la cheffe de la diplomatie allemande Annalena Baerbock en amont de la conférence. « Nous sommes confrontés à un marathon et devons agir simultanément à différents niveaux ». La conférence veut afficher sa solidarité avec l’Ukraine et les populations du Sud qui souffrent de la guerre menée par la Russie, a déclaré Mme Baerbock. Les exportations de denrées alimentaires en provenance d’Ukraine doivent être « accélérées » en renforçant le transport par voie terrestre et fluviale. Il importe également d’augmenter urgemment l’aide d’urgence à destination des personnes souffrant de la faim.

Garantir les exportations de céréales venant d’Ukraine

Avant la guerre, l’Ukraine comptait parmi les principaux exportateurs de céréales qui approvisionnaient nombre de pays du Sud et de grandes organisations humanitaires internationales. Désormais, les infrastructures détruites, les ports bloqués et les mauvaises récoltes provoquent des pénuries d’approvisionnement. La Russie, elle‑même grande exportatrice de céréales, a réduit ses exportations. Les ports de la mer Noire sont bloqués, restreignant de manière significative les exportations par cette voie. Il est important de garantir à l’Ukraine un accès libre aux marchés mondiaux et ce, entre autres pour maintenir l’efficience économique du pays. Il convient donc d’établir de nouveaux chemins d’exportation durables pour les céréales ukrainiennes.

Dans le cadre du plan d’action européen visant à créer des « corridors de solidarité », l’Allemagne apporte déjà une contribution en ce sens, de concert avec ses partenaires européens, pour permettre à l’Ukraine d’exporter ses céréales. L’Allemagne a ainsi promis de verser 500 000 euros à l’Ukraine pour la construction d’installations de stockage dans le port d’Izmaïl, à la frontière avec la Roumanie.

Lutter mondialement et durablement contre la crise alimentaire

Des mesures concertées doivent permettre la reprise des exportations de céréales en provenance d’Ukraine et d’améliorer la situation humanitaire. Mais il s’agit également d’aider les pays durement frappés par le changement climatique à trouver leurs propres solutions. « Nous nous voyons ici non pas comme des donateurs mais comme des partenaires », a souligné la ministre fédérale du Développement Svenja Schulze. Il est également important de davantage jouer la carte de la durabilité pour éviter la prochaine crise alimentaire, puis celle d’après. Dans les pays en développement, il est indispensable de favoriser encore plus la culture de variétés mieux adaptées au nouveau climat comme le millet, de renforcer les capacités de stockage sur place et de promouvoir encore plus le commerce régional, a souligné Mme Schulze. « Une approche globale » est nécessaire.

Le ministre fédéral de l’Agriculture Cem Özdemir a lui aussi corroboré cet aspect, soulignant une nouvelle fois que la protection de l’environnement et du climat ainsi que l’agriculture et l’alimentation devaient être considérées comme indissociables. La transition vers une politique alimentaire et agricole durable reste partie intégrante de notre politique de sécurité, a insisté le ministre.

Afin d’atténuer tout particulièrement les conséquences sur la sécurité alimentaire mondiale causées par la guerre russe en Ukraine, l’Allemagne avait déjà promis en mars, en tant que présidente du G7, de verser 430 millions d’euros supplémentaires. Cette année, l’Allemagne va investir au total quelque 4 milliards d’euros dans une aide alimentaire à caractère humanitaire et dans des systèmes alimentaires résistants aux crises.

Quotas d’exportation : une petite lueur d’espoir

Avant la guerre, l’Ukraine exportait environ 5 millions de tonnes de céréales par mois. En mars de cette année, les exportations n’atteignaient plus que 300 000 à 350 000 tonnes. Grâce à tous les efforts de l’Union européenne et de la communauté internationale, 1,7 million de tonnes de céréales ont pu de nouveau être exportées en mai, par train et par le Danube. Les actions internationales ont déjà permis que les quotas d’exportation, qui avaient fortement chuté au début de la guerre, soient nettement revus à la hausse.