Déclaration gouvernementale de la chancelière fédérale au sujet de la présidence allemande du Conseil de l’UE et du Conseil européen du 19 juin 2020

Monsieur le Président, Chers collègues, Mesdames, Messieurs, 
La présidence allemande du Conseil de l’UE débutera le 1er juillet. C’est une mission dont je me réjouis vivement, tout comme l’ensemble du gouvernement fédéral. En effet, l’Europe a besoin de nous, de la même manière que nous avons besoin de l’Europe. L’Europe n’est pas seulement un cadeau de l’histoire dont nous avons hérité, c’est un projet qui nous guide vers l’avenir. L’Europe nous appartient, mais ce n’est pas tout : nous pouvons, nous devons aussi, la façonner. L’Europe est un régime ouvert et dynamique de paix et de liberté, que nous pouvons, que nous devons, sans cesse améliorer.
Lorsqu’elle a été créée, l’Europe était au plus bas : détruite, désorganisée et déchirée après la catastrophe de cette guerre d’extermination et de la rupture civilisationnelle de la Shoah, provoquée par la tyrannie national-socialiste, par l’Allemagne. Pourtant, les hommes et les femmes qui l’ont fondée sont parvenus à ne pas oublier, à ne pas nier la profonde défiance et les amères expériences de la guerre et des persécutions. Au contraire, ils ont su les apprivoiser pour engendrer une Europe pacifique et démocratique. À l’époque, sur les ruines des États-nations hostiles, leur indéfectible volonté de réconciliation leur a permis de donner naissance à une communauté européenne. À partir d’une communauté économique, les membres se sont engagés à supprimer les contrôles aux frontières et à garantir la liberté et l’État de droit. De cette terrible guerre, nous avons appris que, plus jamais, l’Europe ne devra laisser la folie nationaliste et raciste exclure et déshumaniser des individus ou des groupes de personnes, que l’Europe doit non seulement respecter mais aussi protéger la diversité politique, culturelle et religieuse.
Nous avons évolué en tant qu’Union européenne. L’Union européenne a certes été élargie, mais elle a aussi été étoffée. L’Europe a certes grandi, mais, chaque sommet, chaque négociation, chaque conflit, chaque différend a individuellement contribué à lui donner de la substance et – même si cela a parfois été interminable et laborieux – à faciliter la compréhension mutuelle.
Cela nous a permis de surmonter bien des crises : le rejet de la Constitution européenne avant la dernière présidence allemande du Conseil en 2007, la crise financière et la crise de la dette souveraine qui ont ébranlé l’Europe à partir de 2008, et, dernièrement, en 2015, les flux massifs de réfugiés. Cela n’a vraiment pas toujours été facile. Il y a eu de douloureux conflits, des blessures également. Il y a aussi eu, à plusieurs reprises, des mésententes et des erreurs de jugement. Mais jamais ils n’ont conduit à la rupture ni au rejet de l’Europe. Et, aussi paradoxal que cela puisse paraître, une cassure telle que celle occasionnée par le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne n’y change rien. Non, et j’ajouterai que la seule conséquence de cette décision que, bien entendu, nous n’avions pas souhaitée, sera finalement que les 27 États membres de l’Union européenne sont mus comme jamais auparavant par la certitude de ne parvenir à incarner nos valeurs et nos intérêts d’Européens et à les défendre dans le monde entier qu’en tant que communauté. Un formidable exploit, auquel tout le monde, dans l’Union européenne, a contribué.
Il est possible, Mesdames et Messieurs, que l’Europe pâtisse également du fait que nous, qui voulons l’Europe, nous ne disons pas assez de quoi nous sommes fiers. Il est possible que l’Europe pâtisse aussi du fait que, pendant trop longtemps, nous ayons considéré qu’il était naturel de laisser nos opposants parler de l’Europe au lieu d’en faire – nous qu’elle a convaincus – le point central des discussions politiques. Cela passe naturellement aussi par la critique et l’impatience, dont l’Europe a tout autant besoin que d’imagination et d’esprit communautaire.
À cet égard, permettez-moi d’ajouter à titre personnel qu’en tant qu’Allemande qui a passé les 35 premières années de sa vie en RDA, j’éprouve une gratitude immense envers l’Europe et son engagement démocratique de liberté et d’égalité et que, dans le même temps, elle me pousse à m’investir de toutes mes forces pour faire respecter cet engagement européen. En effet, l’Europe ne sera pas celle à laquelle nous aspirons si nous nous en accommodons passivement. L’Europe ne pourra croître et prospérer que si nous y employons toutes nos forces et que nous plaçons notre ambition à la hauteur de ce que l’Europe peut encore devenir.
Nous endossons cette responsabilité à un moment où l’Union européenne est confrontée au plus grand défi de toute son histoire. C’est la raison pour laquelle, en cette période de pandémie, la présidence allemande du Conseil constitue un tel défi pour le gouvernement fédéral. Nous devons en effet réagir aux effets de la crise et, en même temps, rendre l’Europe plus résistante et la préparer à mieux affronter l’avenir.
La crise que nous traversons actuellement est différente de tout ce que nous avons pu connaître depuis la création de l’Europe. La pandémie de Covid-19 nous frappe tous, nous prenant tous au dépourvu, sans que nous en soyons responsables – en Allemagne, en Europe et dans le monde entier. Sur le seul territoire européen, elle a coûté la vie à plus de 100 000 personnes. Quelques semaines de paralysie économique ont suffi pour mettre en péril une partie de ce que nous avions construit au fil des années. Des libertés fondamentales des citoyennes et des citoyens ont été temporairement limitées. Le prix à payer était élevé. Toutes celles et tous ceux qui ont été impliqués dans ces décisions reconnaîtront qu’elles ont été difficiles à prendre. J’en fais partie.
Il était important que les restrictions imposées aux droits fondamentaux fassent l’objet de critiques. Une société démocratique dans laquelle personne ne s’offusquerait d’une atteinte aux droits fondamentaux démocratiques n’en serait pas une. Pour autant, dans certaines circonstances particulières, ces mesures me semblaient, ou me semblent, non seulement appropriées, mais aussi indispensables. D’autres, telles que le respect d’une distance physique minimale d’un mètre et demi, ou le port, dans l’espace public, d’une protection couvrant le nez et la bouche, sont elles aussi absolument impératives à mes yeux.
Car, chers collègues, le virus circule toujours. Il sera là tant que nous n’aurons ni vaccin ni médicament. Nous le côtoyons quotidiennement. Mais nous devons aussi reconnaître que la pandémie a révélé combien le projet européen est encore fragile. Les premiers réflexes, chez nous également, ont été nationaux plutôt que systématiquement européens. C’était tout à fait absurde, aussi valables qu’en aient été certaines des motivations.
En effet, une pandémie mondiale exige des actions communes internationales et une aide réciproque. Je me réjouis que, sous la présidence d’Ursula von der Leyen, la Commission européenne ait agi avec autant de promptitude et de circonspection, et qu’elle nous ait incités à nous concerter.
La pandémie a également mis en lumière la dépendance de l’Europe vis-à-vis d’États tiers pour ce qui est de la production de médicaments ou des équipements de protection. Des déficits ont été mis en évidence au niveau de l’approvisionnement, du stockage et de la distribution des équipements médicaux. Et oui, la pandémie a encore creusé le fossé entre les États membres de l’UE en ce qui concerne leur situation économique et budgétaire.
S’ajoute à cela que, si la pandémie a touché tout le monde, son impact n’a pas été le même pour tous. Les conséquences médicales et économiques de la crise intensifient les inégalités au sein de la Communauté européenne. La pandémie nous montre que notre Europe est vulnérable. C’est pourquoi je suis intimement persuadée qu’aujourd’hui plus que jamais, il est important que l’Europe fasse preuve de cohésion et de solidarité.
Aucun pays ne peut surmonter la crise seul et isolé. Nous n’en viendrons à bout que si nous nous mobilisons ensemble et les uns pour les autres. Notre objectif commun doit être de vaincre cette crise collectivement, durablement et en nous projetant dans l’avenir. Ce sera justement le fil conducteur de la présidence allemande du Conseil de l’UE. Je suis convaincue que, dans le contexte de la pandémie, l’implication au service de l’Union européenne est certes politiquement et humainement nécessaire, mais aussi qu’un engagement passionné pour une Europe solidaire s’avérera plus durable économiquement que toute autre chose.
Et, bien sûr, une Europe forte a besoin d’une Allemagne solide. Le gouvernement fédéral investit toute son énergie pour maintenir cet état de fait, en luttant résolument contre les conséquences de la pandémie et, grâce à vous, grâce à la rapidité et à la détermination de l’intervention du Bundestag allemand, nous avons pu adopter des mesures qui montrent d’ores et déjà une certaine efficacité.
Mais nous n’en resterons pas là : nous avons présenté un plan de relance pour l’avenir d’un montant de 130 milliards d’euros dont nous débattrons ces jours-ci au parlement. Toutefois, dans le même temps, il ne faut pas oublier que nos mesures nationales ne seront véritablement couronnées de succès que si les autres États membres de l’UE se montrent également forts et si nos actions nationales s’accompagnent de mesures européennes.
Pour que les choses soient bien claires : la pandémie et la crise économique qu’elle a entraînée constituent le plus grand défi auquel l’Europe ait eu à faire face dans toute son histoire. La façon dont l’Europe sortira de ces crises, en comparaison avec d’autres régions du monde, sera déterminante pour la prospérité des citoyennes et des citoyens européens ainsi que pour le rôle de l’Europe dans le monde.
Mais la tâche est plus grande encore : elle est double. Car nous vivons une époque où, indépendamment de la pandémie, notre mode de vie et notre façon de concevoir nos activités économiques connaissent un bouleversement profond consécutif à deux évolutions : d’une part, le changement climatique contre lequel nous devons lutter en adoptant un style de vie sobre en carbone, voire, à l’avenir, neutre en CO2 et, d’autre part, le passage au numérique qui induit des changements fondamentaux dans notre façon de travailler et de vivre ensemble et ce, à une vitesse effrénée.
Par conséquent, en réponse aux répercussions économiques et sociales de la pandémie, il ne faudra justement pas revenir à des méthodes de travail et à des activités économiques conventionnelles : il faudra au contraire intensifier et accélérer leur transition vers un nouveau modèle.
L’existence, après la pandémie, d’entreprises créatives et compétitives, de même que d’emplois stables et durables en dépendra. Or, nous savons qu’ailleurs dans le monde, d’autres ne s’accordent pas de répit et travaillent avec énergie et détermination.
Dans cet esprit, le président français Emmanuel Macron et moi-même avons, mi-mai, proposé un fonds de relance de 500 milliards d’euros en soutien à la reprise économique en Europe. Ce fonds est destiné à consolider le nouveau cadre financier de l’UE pendant ses premières années et, surtout, à aider les régions d’Europe les plus durement touchées par la pandémie à mieux affronter l’avenir grâce à des investissements.
Je me réjouis que, parallèlement à la proposition relative au prochain cadre financier à moyen terme, la Commission européenne ait présenté son plan de relance économique qui reprend aussi de nombreux points de l’initiative franco-allemande. Les chiffres actuels témoignent du dramatique ralentissement de l’activité et du pouvoir économiques en Europe. C’est pourquoi nous devons agir rapidement et avec détermination.
Je mettrai donc tout en œuvre pour que le Conseil européen trouve un accord au plus vite aussi bien sur le cadre financier pluriannuel que sur le fonds de relance. Les conditions initiales sont tout sauf simples. Pourtant, j’espère que, face à cette situation sans précédent, tous les États membres agiront dans un esprit de compromis.
Le meilleur scénario serait que nous parvenions à un accord avant la pause estivale. Nous en débattrions ensuite avec le Parlement européen dans le cadre de notre présidence du Conseil, puis les parlements nationaux auraient le temps de ratifier la décision relative au système des ressources propres avant la fin de l’année. Le cadre financier pluriannuel et le plan de relance de l’Europe qui, du reste, vont de pair, pourraient alors tous deux déployer leurs effets au profit de l’Europe au début de l’année 2021.
Pour commencer, le Conseil européen qui se tiendra demain par vidéoconférence se limitera aux premiers échanges. Le président du Conseil européen procèdera à des consultations intensives ultérieurement. Nous ne serons toutefois en mesure de prendre des décisions que lors d’une réunion physique du Conseil européen.
Ciblé et temporaire, le plan de relance de l’Europe renvoie explicitement à la pandémie. La Commission européenne sera autorisée de manière exceptionnelle à emprunter sur les marchés au nom de l’Union européenne afin de financer des aides liées à la crise. Dès le début, nous avons demandé que ce dispositif repose sur des bases juridiques sûres nécessitant l’unanimité au sein du Conseil et respectant les législations budgétaires des parlements nationaux. Je me félicite donc de la proposition de la Commission européenne d’ancrer cette mesure exceptionnelle et ses limites dans la décision relative au système des ressources propres qui devra ensuite être ratifiée par l’ensemble des États membres.
Ce Fonds répond au besoin urgent de relancer durablement l’économie dans toutes les régions et tous les secteurs d’Europe touchés par la crise. C’est le seul moyen d’assurer à long terme la convergence, la compétitivité et la cohésion en Europe.
Nous ne pouvons laisser la pandémie créer des divergences dans les perspectives économiques des États membres de l’UE et, ce faisant, affaiblir le marché unique qui est un élément essentiel de l’Europe. Résolument, nous allons contrecarrer le risque de voir un fossé diviser profondément l’Europe. Nous ne pouvons être naïfs : les forces anti-démocratiques, les mouvements radicaux et autoritaires sont à l’affût de la moindre opportunité que leur offrent les crises pour les instrumentaliser à des fins politiques.
– Il semble que quelqu’un se sente concerné. –
Ces forces et mouvements guettent la moindre occasion pour attiser les peurs fondées sur les inquiétudes sociales et pour répandre l’incertitude. S’engager en faveur d’un développement durable dans toutes les régions d’Europe est aussi un outil politique de lutte contre les populistes et les radicaux.
Mesdames et Messieurs, les attentes à l’égard de la présidence allemande du Conseil de l’UE sont élevées – nous devons en être conscients. C’est pourquoi nous avons précisé nos priorités dans le contexte de la pandémie, sans pour autant perdre de vue les autres grands défis actuels. À cet égard, je tiens à citer trois thèmes prioritaires.
Premièrement : la protection du climat et, avec elle, la transition vers une économie neutre sur le plan climatique. Le changement climatique et les progrès du numérique induisant des mutations en profondeur dans notre façon de concevoir nos activités économiques, de travailler et de vivre, nous avons, dans le prolongement des décisions pour le climat qui ont été prises l’an dernier, clairement misé sur la promotion d’une croissance verte et du progrès numérique, à la fois dans le cadre de notre plan national pour l’avenir et du fonds de relance européen. La stratégie du pacte vert pour l’Europe de la Commission européenne offre une ligne directrice cruciale ainsi que de grandes opportunités pour relancer l’économie européenne, en particulier pour les entreprises à fort potentiel d’innovation.
Concernant la capacité de l’Europe à affronter l’avenir ainsi que les perspectives pour les générations futures, nous allons nous atteler également à poursuivre, de façon intense, les consultations pour une loi européenne sur la protection du climat, la finalité étant que les États membres parviennent à une position commune. Notre but, pour lequel nous nous sommes déjà beaucoup battus, est de faire de la neutralité climatique de l’Europe un objectif contraignant d’ici 2050 et de redéfinir en conséquence les objectifs pour 2030.
Deuxièmement : nous voulons faire progresser la numérisation de l’économie et de la société. Pour garantir sa réussite économique, et donc sa capacité d’action à l’avenir, l’Europe doit être souveraine sur les plans à la fois technologique et numérique. En effet, la pandémie a clairement mis en évidence dans quels rapports de dépendance se trouvait l’Europe vis-à-vis du numérique, dans le domaine de la technologie comme des prestations de services.
À cet égard, sa souveraineté numérique ne signifie pas que nous, en Europe, devons savoir tout faire. Nous devons toutefois être en mesure de décider nous-mêmes là où il est nécessaire de faire valoir l’indépendance européenne et comment la mettre en œuvre. Cela concerne par exemple la mise en place d’une infrastructure de données européenne sécurisée et digne de confiance, mais aussi le développement des capacités dans des secteurs technologiques majeurs tels que l’intelligence artificielle et l’informatique quantique. Sur ce plan, nous voulons tirer parti de notre présidence du Conseil de l’UE pour continuer à progresser.
Troisièmement : les conséquences dramatiques de la pandémie exigent que l’Europe assume davantage de responsabilité mondiale, à un moment où la conjoncture politique, en Europe comme dans le monde entier, est devenue plus difficile. Les contestations antidémocratiques, autoritaristes et irrespectueuses des droits de l’homme s’amplifient. Elles nient ce à quoi l’Europe est attachée. Leur but est de saper l’État de droit et la séparation des pouvoirs. Elles veulent porter atteinte à la dignité humaine, remettre en cause les droits humains, de la citoyenne et du citoyen. Elles veulent remettre l’histoire en question et en finir avec la culture commémorative. Enfin, et surtout, elles veulent nous priver de ce dont nous avons un besoin existentiel : la distinction entre la vérité et le mensonge, l’information et la désinformation, la connaissance et l’ignorance.
Ce à quoi nous devons nous opposer résolument – pas seulement ici, chez nous, pas seulement en Europe.
L’Europe et sa promesse de paix, de liberté et d’égalité sont précieuses. Nous ne pouvons rester indifférents lorsque ces valeurs sont attaquées de l’intérieur comme de l’extérieur. Il incombe à chaque génération de les réinventer. Or, ce n’est pas un fardeau de l’histoire mais un don de la démocratie.
En cette période justement, le monde a besoin de la voix puissante de l’Europe pour défendre la dignité humaine, la démocratie et la liberté. Car, même si de nombreuses crises humanitaires s’aggravent, elles sont de toute évidence reléguées au second plan par les événements actuels. Par conséquent, nous profiterons aussi de notre présidence du Conseil de l’UE pour prendre en compte les besoins, les préoccupations et les difficultés de nos partenaires, partout dans le monde.
C’est ainsi que l’Afrique sera un axe de politique étrangère prioritaire de la présidence allemande du Conseil de l’UE. Il est d’ores et déjà évident que les États d’Afrique sont particulièrement touchés par les conséquences économiques et sociales de la pandémie de Covid-19. Dans le même temps, ces mêmes États d’Afrique ont une grande expérience de la lutte contre les pandémies – les succès remportés au Rwanda, en Ouganda ou encore au Ghana dans la lutte contre le virus Ebola sont particulièrement éloquents. Ainsi, en octobre prochain, le sommet Union européenne-Union africaine cherchera à apporter des réponses communes à la crise et comment atténuer les conséquences de la pandémie. Il s’agira de prendre en compte l’Afrique comme continent de l’avenir et de façonner nos relations par le biais d’une coopération partenariale.
Les relations de l’Europe avec la Chine seront également au cœur de notre présidence du Conseil de l’UE. La décision de reporter en raison de la pandémie le sommet UE-Chine, initialement prévu pour le 14 septembre à Leipzig, n’a pas été facile à prendre. Le président du Conseil européen, Charles Michel, le président chinois, Xi Jinping, et moi-même, nous sommes entendus pour organiser ce sommet ultérieurement. Face à un partenaire aussi stratégique que la Chine, il est en effet important que les 27 États membres de l’Union européenne s’expriment d’une même voix.
C’est le seul moyen pour nous de défendre avec conviction nos valeurs et nos intérêts européens.
Je plaide pour un dialogue ouvert avec la Chine afin de continuer de travailler sur des points essentiels tels que la conclusion d’un accord d’investissement, les avancées de la protection du climat ou encore notre rôle commun en Afrique, mais aussi sur des questions relatives à l’État de droit, aux droits de l’homme et, enfin, à l’avenir de Hong Kong, où les atteintes croissantes au principe majeur « un pays, deux systèmes » nous préoccupent au plus haut point. Nous allons aussi poursuivre ce dialogue pendant la présidence du Conseil et espérons également obtenir des résultats en tant qu’UE dans les domaines de la protection du climat, de la libéralisation des échanges et du multilatéralisme.
Monsieur le président, chers collègues, la pandémie de Covid-19 a totalement bouleversé notre vie sociale, économique et politique. Nous vivons avec la pandémie. Mais, je suis confiante : à l’instar des dernières crises que l’Europe a su surmonter, nous viendrons aussi à bout de cette crise-ci, ensemble, en nous demandant rapidement quels enseignements nous pouvons en tirer pour l’Europe et quelle contribution l’Allemagne peut apporter.
La conférence sur l’avenir de l’Europe, proposée par Mme von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, pourrait être un format approprié pour ce faire. Si, dans ce cadre-là, nous nous concentrons sur quelques sujets, nous pourrions parvenir dans un avenir proche à des résultats concrets et tangibles, et notamment faire évoluer le système Schengen, moderniser le droit de la concurrence et l’adapter aux défis de la numérisation et de la mondialisation, mettre en place une prévention des pandémies à l’échelle européenne, ou encore créer un conseil de sécurité européen pour les questions de politique étrangère.
Tout cela revêt une importance considérable mais l’essentiel et le plus remarquable sera qu’en Europe, nous nous mobilisons courageusement les uns pour les autres et que nous empruntons ensemble de nouvelles voies.
« Tous ensemble pour relancer l’Europe » – tel est précisément le mot d’ordre de la présidence allemande du Conseil de l’UE. C’est lui que, pendant la présidence allemande du Conseil, l’Allemagne, le gouvernement fédéral et moi-même nous engagerons à suivre, avec toute notre énergie et toute notre passion. Je vous le demande instamment : faisons-le ensemble. C’est pourquoi je vous inviterai à nous soutenir sur cette voie. Je suis d’ailleurs convaincue d’une chose : cet engagement pour l’Europe, il en vaudra la peine.
Je vous remercie.