À l’aube du sommet économique mondial

Déclaration de politique générale de la chancelière Angela Merkel À l’aube du sommet économique mondial

Le G8 est plus qu’une communauté économique. Le groupe de pays partage également les mêmes valeurs, dont le respect du droit international. Dans sa déclaration de politique générale, Angela Merkel a précisé pourquoi la Russie n’avait pas été invitée à la réunion des principaux pays industrialisés occidentaux.

La chancelière fédérale prononce une déclaration de politique générale au Bundestag.

Angela Merkel prononce au Bundestag une déclaration de politique générale au sujet du G7 qui s'ouvre à Bruxelles.

Photo : Bundesregierung/Bergmann

La rencontre qui s’ouvre ce soir à Bruxelles sera consacrée pour commencer aux dossiers de politique étrangère. Il sera question avant tout de l’attitude du G7 envers la Russie dans le contexte de la crise en Ukraine. Mercredi et jeudi, les discussions porteront essentiellement sur l’économie mondiale, le libre-échange, la régulation des marchés financiers, l’énergie et la politique de développement en Afrique.

Un message de soutien en direction de l’Ukraine

Selon la chancelière fédérale, l’attitude de la Russie quant à l’annexion de la Crimée a rendu nécessaire de renoncer à la participation de la Russie au sommet du G8. Car, a-t-elle souligné, le Groupe des Huit (G8) n’est pas uniquement une communauté économique, mais aussi une communauté de valeurs, « ce qui implique impérativement le respect du droit international ». Mme Merkel a fait remarquer que la situation en Ukraine occuperait une place importante dans le cadre de ce G7 et que ce dernier enverrait un message de soutien en direction de l’Ukraine.

La chancelière fédérale a réaffirmé par ailleurs la possibilité d’adopter des sanctions de la « troisième phase » contre la Russie, tout en insistant bien sur le fait que ces sanctions n’étaient pas le but recherché. Et elle a ajouté que l’on ne voulait pas de ces sanctions, que l’on recherchait au contraire un étroit partenariat avec la Russie.

Assurer une croissance durable

Le deuxième jour du sommet sera consacré tout d’abord aux questions économiques et commerciales, l’objectif étant d’assurer à l’économie mondiale une croissance durable et équilibrée. Or cela nécessite des réformes structurelles ambitieuses, une consolidation budgétaire favorisant la croissance et la valorisation de nouveaux potentiels de croissance.

« Toute croissance, aussi bonne soit-elle, reposerait sur des pieds d’argile si nous ne poursuivions pas nos efforts afin de tirer les enseignements de la crise dévastatrice de 2008 et 2009 », a déclaré Mme Merkel. C’est pourquoi il reste beaucoup à faire, en matière d’emploi notamment, a-t-elle ajouté.

Concernant le commerce, il va falloir pratiquer une plus grande ouverture des marchés internationaux et réduire les barrières commerciales. « Les pays du G7 sont pareillement convaincus qu’un système économique ouvert et libre est une condition indispensable à la croissance et à la stabilité. À cet égard, la liberté des échanges commerciaux est un moteur de croissance », a-t-elle constaté.

Garantir la sécurité des approvisionnements

Le G7 abordera aussi des sujets liés à l’énergie et au climat. Selon la chancelière, l’énergie ne doit pas servir de moyen de pression politique. D’où l’importance à ses yeux des questions touchant à la sécurité des approvisionnements ainsi qu’au développement et à la modernisation des infrastructures.

Mme Merkel a rappelé que la part des énergies renouvelables en Allemagne atteignait 25 % de la production totale d’électricité, ce qui faisait de son pays l’un des précurseurs d’un approvisionnement énergétique durable.

Les participants se proposent également de discuter au cours du sommet de la lutte contre le changement climatique et d’un accord contraignant sur le climat, qui devrait entrer en vigueur au plus tard en 2020. En effet, les engagements pris jusqu’ici pour réduire les émissions de dioxyde de carbone ne suffisent pas à maintenir la hausse des températures mondiales à moins de 2°C. Or, a martelé la chancelière, « nous ne pouvons pas nous permettre un deuxième échec comme celui de Copenhague ».

Donner un nouvel élan au développement

Pour finir, les discussions porteront également sur la politique de développement. Ces dernières années, le G7 a joué un rôle important en donnant des impulsions au développement. Les grands enjeux sont ici la santé infantile et maternelle ainsi que l’objectif d’éradiquer la faim et de garantir dans la durée l’alimentation d’une population mondiale en pleine croissance.

La Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition existe depuis 2012. Son objectif est de sortir 50 millions d’Africains de la pauvreté dans les dix prochaines années. À ce sujet, Mme Merkel a déclaré : « Tous les habitants de la planète doivent pouvoir vivre dans la dignité. Et nous devons en même temps préserver notre cadre de vie naturel ».

Font partie du Groupe des Sept (G7) ou des principaux pays industrialisés : l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, le Japon, le Canada et les États-Unis. L’Union européenne est elle aussi représentée à ces réunions. Le G7 n’est pas une organisation ; c’est un forum informel qui réunit les chefs d’État ou de gouvernement. L’année prochaine, l’Allemagne le présidera. La prochaine réunion se tiendra donc en Allemagne, au château d’Elmau, les 4 et 5 juin 2015.

Angela Merkel : « L’Europe est notre avenir commun »

Dans sa déclaration, la chancelière est revenue sur la dernière réunion des chefs d’État ou de gouvernement de l’UE, qui avait eu lieu au lendemain des élections européennes. Elle a dit se réjouir du fort taux de participation à ces élections en Allemagne et a ajouté que la majorité de l’électorat allemand s’était montrée clairement pro-européenne.

« Pour combattre les causes de l’euroscepticisme dans certains pays, nous devons encore améliorer l’Union européenne », a-t-elle poursuivi ; les chefs d’État et de gouvernement de l’UE doivent donc « tout mettre en œuvre pour que la croissance, la compétitivité et, surtout, l’emploi soient au cœur de notre travail ». L’Union européenne doit se concentrer encore davantage sur l’essentiel tout en respectant les règles qu’elle s’est fixées et les traités qu’elle a adoptés, a conclu la chancelière.

Soutien à Jean-Claude Juncker

Pour mettre en œuvre les priorités politiques, il faut pouvoir disposer des ressources humaines capables de défendre et d’appliquer ces priorités. Au Bundestag, la chancelière a réaffirmé sa position concernant l’élection du nouveau président de la Commission européenne. Elle a réitéré le soutien du gouvernement fédéral à la candidature de M. Juncker. Et elle a dit ne pas partager les réserves de certains États membres, mais tabler sur la rigueur plutôt que sur la rapidité pour parvenir à une solution.

L’Allemagne et le Royaume-Uni veulent une Union forte

S’agissant des critiques formulées en Grande-Bretagne, la chancelière a dit considérer « comme une erreur grossière, voire comme inacceptable, la légèreté avec laquelle certaines personnes disent qu’il est sans importance que le Royaume-Uni soit d’accord ou non et, pire encore, qui se moquent que ce dernier demeure ou non membre de l’UE en avançant des arguments du genre « il ne faut pas chercher à retenir quelqu’un qui veut partir ».

Le Royaume-Uni « n’est certes pas un partenaire facile », a concédé Mme Merkel. Ce pays a beaucoup reçu de l’Europe, mais il lui a aussi beaucoup donné. Et la chancelière de conclure en disant que Berlin et Londres ont des intérêts et des objectifs communs, dont le principal est une Union européenne forte et compétitive qui rassemble ses forces.