Responsabilité de la Russie selon Angela Merkel

Entretiens concernant l’Ukraine et la Syrie Responsabilité de la Russie selon Angela Merkel

Une feuille de route pour une solution pacifique en Ukraine, une discussion très claire et ferme sur la Syrie : la chancelière s’est entretenue durant plusieurs heures avec les présidents François Hollande, Petro Porochenko et Vladimir Poutine.

La chancelière fédérale Angela Merkel s’entretient avec le président russe Vladimir Poutine, le président français François Hollande et le président ukrainien Petro Porochenko

Il a été décidé d’une feuille de route pour l’Ukraine lors de la rencontre en « format Normandie »

Photo : Bundesregierung/Güngör

Mme Merkel a appelé la Russie à user de son influence sur le président syrien Bachar Al-Assad.

Le conflit en Ukraine et la situation en Syrie ont été au cœur des délibérations qui ont duré plusieurs heures, mercredi soir, à la Chancellerie fédérale. La chancelière Angela Merkel s’est d’abord entretenue avec le président français François Hollande, le président ukrainien Petro Porochenko et le président russe Vladimir Poutine en format Normandie à propos de l’état de la mise en œuvre des accords de Minsk pour l’est de l’Ukraine, en proie à des combats.

« La journée d’aujourd’hui n’a pas fait de miracle », a déclaré Angela Merkel tôt dans la matinée de jeudi, après les entretiens. Le fait que l’on a pu se mettre d’accord sur une feuille de route en vue d’une solution pacifique qui puisse faire avancer le processus de Minsk représente cependant un progrès. La poursuite du travail en matière de sécurité et de mise en œuvre politique des accords de Minsk a en outre été abordée.

Le 6 juin 2014, la chancelière fédérale Angela Merkel avait rencontré Vladimir Poutine, Petro Porochenko et François Hollande en Normandie, en marge des cérémonies de commémoration de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agissait de la première rencontre entre les chefs d’État russe et ukrainien depuis le début de la crise. Depuis cette date, les rencontres et discussions impliquant des représentants des quatre pays sont dites en « format Normandie ».

Assurer un cessez-le-feu durable et une aide humanitaire

Les quatre ministres des Affaires étrangères du format Normandie et leurs conseillers politiques doivent, selon Mme Merkel, intensifier leurs efforts dans les semaines à venir. Il s’agit en premier lieu d’étendre les trois zones de désengagement militaire existantes. Quatre autres zones devront être créées en supplément des hotspots déjà en place.

Leur surveillance par la mission spéciale d’observation de l’OSCE (MSO) doit être assurée vingt-quatre heures sur vingt-quatre, selon Angela Merkel. La liberté de circulation garantie des observateurs « jusqu’à la frontière » doit être possible dans les faits. Toutefois, les armer « ne revêt aujourd’hui aucun caractère urgent », a-t-elle souligné.

D’après Mme Merkel, il est également question de détails importants sur le plan politique tels qu’une loi électorale ainsi qu’une loi sur le statut spécial de l’est de l’Ukraine, et la mise en œuvre de celles-ci. Les questions ouvertes doivent aussi être clarifiées lors des discussions sur une feuille de route. Les mesures humanitaires sont en outre « très importantes », comme la libération de prisonniers ou le rétablissement de l’approvisionnement en eau dans les territoires contrôlés par les séparatistes autour de Louhansk.

Poursuivre l’accompagnement du processus de Minsk

Lors de sa conférence de presse conjointe avec le président français, Angela Merkel a clairement affirmé que l’Allemagne et la France restaient prêtes à accompagner le processus de Minsk pour enfin parvenir à stabiliser l’est de l’Ukraine. Dans ce contexte, M. Hollande a ajouté que la prolongation des sanctions contre la Russie devait aussi être discutée lors du Conseil européen imminent. La chancelière a également considéré que l’on ne pouvait écarter cette option.

Concernant la feuille de route, « de nombreux désaccords » subsistent, selon Angela Merkel. Le fait de disposer à présent d’un document de départ sur la base duquel convenir du déroulement dans le temps de chaque étape de mise en œuvre est cependant « une bonne nouvelle ». Ce processus est laborieux et représente un travail ardu. « C’est une tâche difficile qui nous attend », a conclu la chancelière. Mais celle-ci vaut tous les efforts.

Les accords de Minsk : Dans leurs efforts de paix, la chancelière fédérale et le ministre fédéral des Affaires étrangères peuvent compter sur leurs partenaires au sein de l’UE, au premier rang desquels la France, ainsi que sur les États-Unis. Les négociations en « format Normandie » avec la chancelière Angela Merkel et les présidents François Hollande, Vladimir Poutine et Petro Porochenko ont conduit les 11 et 12 février 2015 à une réaffirmation des accords de Minsk de septembre de l’année précédente. La principale composante pour la population de cet « ensemble de mesures en 13 points » est un cessez-le-feu, en vigueur depuis le 15 février 2015. Celui-ci a depuis lors été largement respecté, après la prise irrégulière de la ville de Debaltseve, dans l’est de l’Ukraine. Une nouvelle escalade d’agissements belliqueux a pu être évitée, les premiers prisonniers ont été échangés, les armes lourdes retirées des deux côtés de la ligne de front. Malgré cela, les affrontements deviennent de plus en plus fréquents dans l’est de l’Ukraine, y compris avec des armes lourdes.

Les bombardements sur Alep sont une « expérience atroce »

À l’issue des délibérations en format Normandie, la chancelière et le président français se sont entretenus avec Vladimir Poutine de la situation en Syrie. D’après Mme Merkel, une « discussion très claire et ferme » a eu lieu à ce propos. Les bombardements sur Alep sont inhumains et constituent une « expérience atroce » pour la population. « Personnellement, je ne crois pas non plus qu’il soit possible de séparer les terroristes des personnes pacifiques lorsque l’on mène de telles attaques en permanence et je pense que cela ne peut déboucher sur aucun processus politique », a précisé Mme Merkel. L’actuel cessez-le-feu doit être un point de départ pour permettre des livraisons humanitaires dans la zone d’Alep.

La Russie a clairement la responsabilité d’exercer également une influence sur le président syrien Bachar Al-Assad. Il faut garder en tête les vies humaines sur place ainsi que l’avenir d’un processus politique. Le président Hollande et elle-même en ont fait mention « sans aucune ambigüité » lors de leur entretien avec le président Poutine.