« L’Europe doit améliorer sa capacité à se défendre »

Magdalena Andersson en visite à Berlin « L’Europe doit améliorer sa capacité à se défendre »

« Nous ne pouvons ni ne voulons nous habituer à cet état de guerre », a déclaré, lundi, le chancelier fédéral lors de sa rencontre avec la première ministre de Suède, Magdalena Andersson, à Berlin. Selon lui, l’Europe doit améliorer sa capacité à se défendre. Il estime par ailleurs que le président Vladimir Poutine doit enfin convenir d'un cessez-le-feu et accepter d’engager des négociations sérieuses.

Le chancelier allemand et la première ministre suédoise

Olaf Scholz a souligné l’unité des partenaires européens lors de la première visite officielle en Allemagne de Madgalena Andersson.

Photo : Bundesregierung/Bergmann

« Cela fait cinq semaines que la guerre a éclaté. Les crimes, les destructions, les souffrances infligées en Ukraine se poursuivent sans relâche. Sur notre continent, à moins de deux heures de vol de Berlin. C’est inconcevable. » Voilà ce qu’a exprimé le chancelier allemand, Olaf Scholz, au cours d’une conférence de presse commune tenue lundi à la Chancellerie fédérale avec la première ministre suédoise, Magdalena Andersson. « Et je le formule délibérément ainsi pour être clair : « Nous ne pouvons ni ne voulons nous habituer à cet état de guerre. »

« Il faut cesser de tuer »

Le chancelier fédéral a qualifié l’agression de la Russie contre l’Ukraine « de violation flagrante du droit international que nous n’admettrons pas ». Il a lancé un nouvel appel au président Poutine pour qu’il « convienne enfin d'un cessez-le-feu et accepte d’engager des négociations sérieuses avec l’Ukraine ». À ce propos, M. Scholz s’est exprimé sans équivoque : « Les troupes russes doivent se retirer de l’Ukraine. Il faut cesser de tuer. »

Une rupture qui change les anciennes convictions

L’attaque contre l’Ukraine signifie une rupture et tout le monde en est conscient, a poursuivi le chancelier. Cette agression russe a amené l’Allemagne mais aussi la Suède à changer des positionnements politiques datant de plusieurs décennies. Ainsi, l’Allemagne a livré pour la première fois des armes et des biens militaires à une région en guerre. Le chancelier a annoncé vouloir poursuivre les aides fournies : « Nous soutenons l’Ukraine sur les plans financier, humanitaire et militaire. Et ce soutien, nous le maintiendrons sans faiblir. »

Les personnes fuyant l’Ukraine « trouveront refuge chez nous »

S’agissant de l’Ukraine, M. Scholz a parlé d’une « situation horrible ». Des millions de personnes, notamment beaucoup de femmes, d’enfants et de personnes âgées, sont en fuite, à l’intérieur ou en dehors de leur pays. La Pologne, voisin de l’Ukraine, a vu arriver sur son seul territoire plus de deux millions de personnes fuyant leur pays.

De même, plus de 300 000 Ukrainiennes et Ukrainiens ont entre-temps trouvé refuge en Allemagne. « Plus la guerre durera, plus celles et ceux en quête de protection chez nous seront nombreux. Et cette protection, nous la leur offrirons », a affirmé le chancelier.

Ouvrir nos cœurs à l’Ukraine

Juste après le début de l’invasion russe, l’Europe a serré les rangs, s’est félicité le chancelier. Il a parlé d’un « coude-à-coude historique » dans l’Union européenne. Tous les États membres de l’UE, a-t-il ajouté, ont promis d’accueillir rapidement et facilement des réfugiés de guerre.

S’adressant aux nombreux bénévoles qui s’engagent depuis des semaines pour aider les réfugiés arrivant en Allemagne, M. Scholz a déclaré : « Ils ont ouvert leur cœur aux Ukrainiennes et aux Ukrainiens, de même que leur appartement ou leur maison. C’est un signe de solidarité européenne formidable et émouvant. »

« L’Europe doit améliorer sa capacité à se défendre »

La rupture survenue avec la guerre montre également que l’Europe doit améliorer sa capacité à se défendre, estime encore le chancelier. L’Allemagne a déjà décidé de renforcer nettement la Bundeswehr. Lors du sommet de l’OTAN la semaine dernière, beaucoup d’autres pays ont annoncé vouloir faire de même, a-t-il poursuivi.

Il s’agit également de permettre à l’Europe de se libérer de sa dépendance aux livraisons d’énergie russes et ce, le plus vite que possible. Selon M. Scholz, l’Allemagne doit elle aussi réduire sa dépendance au gaz, au pétrole et au charbon russes. « Nous travaillons à plein régime à la diversification de nos sources d’approvisionnement », a-t-il affirmé.

S’atteler aux réformes des institutions européennes

Concernant la politique d’élargissement de l’Union européenne, les gouvernements suédois et allemand sont convaincus que le moment est venu d’ouvrir dans les plus brefs délais des négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du Nord. « Toute nouvelle temporisation rend les Balkans occidentaux encore plus vulnérables aux influences de tiers », a mis en garde M. Scholz, ajoutant que des réformes institutionnelles étaient nécessaires dans l’UE afin d’améliorer sa capacité d’élargissement.

Objectif : la neutralité climatique

La crise actuelle montre très clairement combien il est bon et important de progresser énergiquement dans notre choix d’une transition climatique. « En développant les énergies renouvelables, nous protégeons le climat et nous nous protégeons. Il est plus important que jamais de réaliser notre objectif : parvenir à la neutralité climatique en Allemagne d’ici à 2045 », a insisté le chancelier.

L’Allemagne et la Suède souhaitent l’une comme l’autre adopter rapidement le paquet climat « Fit For 55 » (« Paré pour 55 »). M. Scholz a annoncé vouloir encore renforcer la coopération des deux pays dans le domaine de la politique énergétique.

Risque de famine : l’Allemagne fournit 430 millions d’euros supplémentaires

Afin d’éviter une famine à l’échelle mondiale en raison de l’augmentation dramatique des denrées alimentaires suite à la guerre, le gouvernement fédéral débloquera cette année 430 millions d’euros supplémentaires, dont la majeure partie ira au Programme alimentaire mondial des Nations Unies, a annoncé Olaf Scholz.

Magdalena Andersson effectuait sa première visite officielle en Allemagne depuis sa prise de fonctions et a été reçue avec les honneurs militaires à la Chancellerie fédérale. Cette femme âgée de 55 ans dirige le gouvernement suédois depuis novembre 2021. Elle est la première femme à occuper le poste de chef du gouvernement du Royaume de Suède.