La démocratie plus forte que le terrorisme

Déclaration gouvernementale La démocratie plus forte que le terrorisme

Devant le Bundestag, la chancelière fédérale a condamné les attentats terroristes perpétrés à Paris. « Nous sommes choqués et sidérés par la mort de 17 personnes innocentes. » Mme Merkel a exigé une action déterminée contre la violence islamiste et l'antisémitisme. La démocratie est le contre-projet du terrorisme.

La chancelière fédérale Angela Merkel prononce une déclaration gouvernementale au Bundestag après les attentats terroristes de Paris

Angela Merkel : En Allemagne, nous ne voulons pas et ne nous laisserons pas diviser

Photo : Bundesregierung/Kugler

Dans les sombres heures qu'ont traversées Paris et les Français la semaine dernière, de mercredi midi à vendredi après-midi, deux des grands maux de notre époque ont frappé, à savoir le terrorisme islamiste et l'antisémitisme meurtriers, qui vont souvent de pair, a déclaré Angela Merkel devant le Bundestag.

La sécurité ne peut être garantie qu’ensemble

Angela Merkel a exprimé la solidarité de l'Allemagne à la France. En ces jours difficiles, l'Allemagne et la France sont soudées. « Nous sommes conscients qu'il n'y a pas de sécurité chez nous en Allemagne s'il n'y a pas de sécurité en France », a affirmé la chancelière.

Le terrorisme continue d'agir

Le terrorisme n'a pas débuté le 11 septembre 2001 et il ne va pas disparaître du jour au lendemain, a indiqué Angela Merkel. La chancelière a rappelé les nombreux attentats qui ont eu lieu dans le monde récemment mais également dans un passé plus lointain. « Le terrorisme n'a jamais disparu. Le terrorisme a toujours existé », a-t-elle souligné.

Elle a cité comme exemples les atrocités dans les camps de concentration commises par les nazis ou les meurtres perpétrés par le Mouvement clandestin national-socialiste (NSU), mais également les attentats tels que l'attentat islamiste contre le Musée juif de Bruxelles ou encore les actes sanglants du groupe terroriste Boko Haram au Nigéria ou les décapitations de journalistes enlevés en Syrie et en Iraq.

Défendre la liberté et la tolérance

Angela Merkel a souligné l'importance de la liberté de la presse et la tolérance. La liberté de la presse est « l'un des trésors les plus précieux de notre société ». La liberté de la presse couchée uniquement sur le papier n'a pas grande valeur, a ajouté la chancelière. Dans beaucoup trop de pays du monde, la liberté de la presse proprement dite n'existe pas. La tolérance en est la condition. Cette valeur ne doit pas être confondue avec l'absence de point de vue. Liberté de religion et tolérance ne veut pas dire que, dans le doute, la charia se place au-dessus de la Loi fondamentale.

Solidarité avec « Charlie »

Des « Je suis Charlie » et des crayons levés ont été la réaction caractérisant la vague de manifestations qui a déferlé dans le monde entier. Il s'agit ici d'une attaque à la liberté de la presse. Aux yeux de la chancelière, l'article 5 énonce l'un des droits fondamentaux les plus importants.

Pas de suspicion générale envers les musulmans

Dans le même temps, la chancelière fédérale a pris la défense des quatre millions de musulmans vivant en Allemagne contre ceux qui veulent faire de ces derniers des suspects en puissance. « Toute exclusion des musulmans et toute suspicion généralisée à leur encontre sont interdites », a déclaré Angela Merkel. La grande majorité des musulmans en Allemagne sont des citoyens honnêtes et fidèles à la constitution. En Allemagne, il est garanti que la croyance islamique peut être librement pratiquée dans le cadre de notre constitution et des autres lois.

Angela Merkel a souligné que la vie juive fait partie de l'Allemagne. « La lutte contre l’antisémitisme est notre devoir étatique et citoyen. » Au même titre que la vie juive, l'islam fait également partie aujourd'hui de l'Allemagne, a affirmé la chancelière, reprenant les termes employés par l'ancien président fédéral Christian Wulff en 2010. Il ne faut pas laisser de place à la discrimination et à l'exclusion chez nous. Les attaques contre des mosquées font également l'objet de poursuites pénales systématiques. La chancelière a par ailleurs réaffirmé que le gouvernement fédéral combattrait toute forme de violence islamiste.

Exiger une position claire du « clergé de l'islam »

Chaque terroriste prend une décision personnelle, selon Angela Merkel. La prétention de vouloir agir à la place de Dieu constitue selon elle un blasphème. Mme Merkel a demandé aux érudits du monde musulman d'exprimer, dans ce contexte, une délimitation claire entre l'islam et le terrorisme islamiste. La question de savoir pourquoi des assassins se recommandent de l'islam pour leurs actes est décisive. La question de savoir comment faire en sorte que les meurtriers qui se recommandent de l'islam pour leurs actes n'aient rien à faire avec l'islam nécessite cette réponse : « Ce sont des questions justifiées. J'estime importante l'élucidation de ces questions par le clergé de l'islam. Et je l'estime urgente, » a déclaré Mme Merkel.

Instaurer résolument l’État de droit

Angela Merkel a réaffirmé que l'Allemagne lutte contre la violence islamiste avec la plus grande détermination et par tous les moyens de l’État de droit. Elle a rappelé la décision du Conseil des ministres fédéral par laquelle les papiers d'identité peuvent être retirés aux candidats au djihad désirant quitter le territoire allemand. De plus, des négociations européennes sont nécessaires concernant l'amélioration de la lutte anti-terroriste et de la sécurité. L'Allemagne continue de s'impliquer dans la lutte contre la milice terroriste de l'EI.

La chancelière fédérale s'est en outre prononcée pour une réglementation à l'échelle de l'UE sur la conservation des données. « Au vu de la conviction partagée, au-delà des partis, par tous les ministres de l'Intérieur de la Fédération et des Länder quant au fait que nous avons besoin d'une durée minimale de conservation des données, nous devrions réclamer que la directive européenne révisée annoncée par la Commission européenne sur ce sujet soit présentée rapidement, afin de la transposer ensuite en droit allemand. » La Cour de justice de l'Union européenne et la Cour constitutionnelle fédérale ont défini le cadre dans lequel une réglementation sera possible, a-t-elle précisé.

Des mesures concrètes contre le terrorisme

Parmi les moyens relevant de l’État de droit permettant de lutter contre le terrorisme extrémiste comptent également la mise en œuvre de la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le financement du terrorisme, l'alignement du transfert de données sur les passagers aériens et l'introduction, déjà décidée, d'un document d'identité de remplacement. « Les ressortissants allemands souhaitant se rendre dans des camps terroristes seront ainsi empêchés de quitter le territoire », selon Angela Merkel. Celle-ci a également fait référence au risque représenté par des djihadistes de retour dans le pays : « À cause de leur endurcissement, ils représentent un extrême danger potentiel ».

La chancelière fédérale a par ailleurs souligné l'importance du travail des services de renseignement allemands. L'échange de renseignements entre services, y compris par-delà les frontières, est indispensable.

La démocratie comme principe de vie

« Nous devons supprimer ce qui fait le lit de toutes les formes d'intolérance », a ajouté la chancelière. Le gouvernement fédéral soutient ainsi des projets et des programmes pour la tolérance et le projet démocratique. Seule l'adoption de la démocratie comme principe de vie peut aider sur le long terme, selon la chancelière fédérale.

Les préjugés sur les étrangers et les stéréotypes hostiles peuvent être empêchés par l'information et la connaissance de l'autre, a souligné Mme Merkel. L'école, les clubs sportifs ou le lieu de travail sont de bons endroits pour apprendre à faire des compromis. C'est un fondement essentiel de la démocratie que de prêter assistance et se porter garant de l'autre. Mme Merkel a remercié les « héros silencieux de notre société », qui s'engagent de multiples façons.

« C'est notre contre-projet face au monde du terrorisme », a affirmé Mme Merkel en référence à la vie démocratique en Allemagne. « Et il est plus fort que le terrorisme. »