« Je ressens une profonde honte »

Angela Merkel se rend à Auschwitz
« Je ressens une profonde honte »

Dans l’ancien camp de concentration allemand où elle s’est rendue sur invitation de la Fondation Auschwitz-Birkenau, la chancelière a commémoré les millions de victimes de l’Holocauste.

Angela Merkel dépose une gerbe dans l’ancien camp de concentration allemand d’Auschwitz

En compagnie du premier ministre polonais, la chancelière Angela Merkel a déposé une gerbe devant le « mur de la mort »

Photo : Bundesregierung/Bergmann

« Ce lieu nous oblige à garder la mémoire vivante. Nous devons nous souvenir des crimes qui ont été commis ici, et les nommer clairement », a déclaré Angela Merkel en présence du président du Conseil des ministres polonais Mateusz Morawiecki devant des survivants de l’Holocauste et d’autres invités.

« Je ressens une profonde honte devant les crimes barbares qui ont été commis ici par des Allemands. Des crimes qui dépassent les frontières de tout ce que l’on peut concevoir », a-t-elle ajouté.

Hommage aux millions de victimes

Plus tôt dans la journée, la chancelière fédérale avait visité l’ancien camp principal d’Auschwitz en compagnie de M. Morawiecki. Elle y avait observé une minute de silence et déposé une gerbe devant le « mur de la mort », où des milliers de prisonniers furent fusillés. Elle s’était ensuite rendue avec le président du Conseil des ministres sur le site de l’ancien camp d’extermination de Birkenau, et avait allumé une bougie à l’endroit où arrivaient les wagons de marchandises utilisés pour acheminer par milliers des déportés, pour la plupart juifs, originaires de toute l’Europe.

« Nous devons nous souvenir des crimes qui ont été commis ici, et les nommer clairement. Le nom d’Auschwitz symbolise l’assassinat de millions de Juifs, il symbolise la rupture de civilisation de la Shoah, au cours de laquelle furent sacrifiées l’ensemble des valeurs humaines », a indiqué Angela Merkel. 

Mais Auschwitz, c’est également le génocide des Sinti et des Roms d’Europe ainsi que « la souffrance et le meurtre de prisonniers politiques, de représentants de l’intelligentsia  polonaise, de résistants, de prisonniers de guerre de l’Union soviétique et d’autres pays, d’homosexuels, de personnes handicapées et d’innombrables autres personnes originaires de toute l’Europe », a rappelé la chancelière.

Situé près de Cracovie, Auschwitz-Birkenau est le plus grand camp d’extermination du régime nazi. Dans ce complexe concentrationnaire, 1,1 million de personnes ont été tuées, dont environ un million de Juifs. Au total, 900 000 déportés ont péri dans les chambres à gaz le jour même de leur arrivée. Les 200 000 autres sont morts de maladie, de malnutrition, de maltraitance ou au cours d’expérimentations médicales, ou bien ont été tués plus tard après avoir été déclarés inaptes à effectuer les travaux forcés. Le camp d’Auschwitz a été libéré le 27 janvier 1945 par les soldats de l’Armée rouge. Aujourd’hui est célébrée à cette date la Journée internationale à la mémoire des victimes de la Shoah.

Quatrième visite d’un dirigeant allemand

Durant ses quatre mandats, Angela Merkel avait déjà visité plusieurs sites commémoratifs et camps nazis, notamment les camps de concentration de Ravensbrück en 2010 et de Dachau en 2013. Elle s’est également rendue à cinq reprises à l’Institut international pour la mémoire de la Shoah de l’État d’Israël à Yad Vashem, dont quatre fois dans ses fonctions de chancelière.

Cette première visite d’Angela Merkel n’est que le quatrième déplacement d’un chancelier allemand au camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz. Seuls Helmut Schmidt (1977) et Helmut Kohl (1989 et 1995) l’avaient effectué avant elle. Angela Merkel s’est rendue en Pologne sur invitation de la fondation Auschwitz-Birkenau, une organisation qui a célébré sa dixième année d’existence vendredi dernier.

La fondation Auschwitz-Birkenau a été créée en 2009 par l’ancien ministre des Affaires étrangères polonais Władysław Bartoszewski (1922-2015). Lui-même avait été détenu dans le camp de septembre 1940 à avril 1941. Entre 2011 et 2015, l’Allemagne a financé la moitié des 120 millions d’euros de capital que la fondation souhaitait récolter. Reconnaissant leur responsabilité dans la sauvegarde de ce site commémoratif et afin d’en garantir la préservation à long terme, la Fédération et les Länder allemands ont donc convenu de participer jusqu’à concurrence de 60 millions d’euros à la constitution du capital de la fondation Auschwitz-Birkenau. Les États-Unis, la Pologne, la France, l’Autriche, le Royaume-Uni, la Suisse, Israël et la Russie sont également de grands contributeurs.