Concilier liberté et sécurité

Conférence de presse estivale d'Angela Merkel Concilier liberté et sécurité

La chancelière fédérale Angela Merkel considère que le terrorisme représente une grande épreuve pour l'Allemagne et l'Europe. Tout sera mis en œuvre afin d'éclaircir les actes barbares, a-t-elle promis. En réaction aux derniers attentats, elle a présenté un plan en neuf points pour accroître la sécurité.

Angela Merkel devant la Conférence de presse fédérale

Lors de sa conférence de presse estivale, la chancelière s'est soumise aux questions des journalistes

Photo : Bundesregierung/Denzel

La chancelière fédérale Angela Merkel a condamné les attentats de Würzburg et Ansbach, les qualifiant d'actes de « terrorisme islamiste ». Ces attaques sont choquantes, affligeantes et déprimantes, a affirmé la chancelière au début de sa conférence de presse estivale à Berlin. « Des tabous civilisationnels ont été brisés. Ces actes surviennent dans des lieux où chacun de nous pourrait se trouver. »

« Nous le devons aux victimes et à leurs proches »

Mme Merkel a aussi promis que les autorités mettraient tout en œuvre afin de faire la lumière sur ces attaques. « Nous le devons aux victimes et à leurs proches, à notre sécurité et aussi aux migrants qui cherchent refuge chez nous. » Les attaques de Würzburg et Ansbach ont été commises par deux individus qui sont venus en tant que réfugiés et ont « bafoué le pays qui les a accueillis ». Ils ont également bafoué les personnes qui les ont aidés et « les nombreux autres réfugiés qui viennent chez nous pour fuir la guerre et la violence ».

Les attentats mettent à l'épreuve l'équilibre entre la liberté et la sécurité. Les auteurs de ces actes sèment « la haine et la peur entre les cultures et dans notre société ». Mme Merkel a rappelé que de nombreuses mesures avaient déjà été engagées. Elle a cité à titre d'exemples le retrait du passeport des individus potentiellement dangereux, l'amélioration de la collaboration entre la Fédération et les Länder, la réintroduction de la conservation des données, l'amélioration de la sécurité en ce qui concerne les téléphones portables prépayés et l'augmentation du personnel des services de sécurité. La priorité absolue est d'agir là où subsistent des lacunes. « Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir afin de garantir la sécurité dans notre État de droit libéral », a déclaré la chancelière.

L'Allemagne reste fidèle à ses principes

Mme Merkel a réaffirmé que l'Allemagne est un pays fort qui relève ce défi tout en restant fidèle à ses principes : les persécutés politiques reçoivent l'asile et les personnes qui fuient la guerre reçoivent une protection conformément à la Convention de Genève relative au statut des réfugiés.

La chancelière a rappelé qu'elle avait dit, il y a un an : « Nous y arriverons », mais pas que la tâche serait facile. Elle demeure convaincue que l'Allemagne est capable de maîtriser cette mission nationale. L'Allemagne aide les personnes en détresse, et doit en même temps lutter contre le terrorisme, assurer la sécurité de la population et faire avancer les mesures d'intégration. Il s'agit de trouver un équilibre entre liberté et sécurité afin que « nous puissions préserver notre manière de vivre ». C'est pourquoi l'État doit être à la hauteur de sa tâche de rétablir autant que possible la confiance. « Nous y travaillons », a affirmé Mme Merkel.

Plan en neuf points

En réaction aux plus récents attentats, Mme Merkel a esquissé un plan en neuf points pour plus de sécurité. Il comprend notamment la réduction des obstacles à l'éloignement des demandeurs d'asile, un « système d'alerte rapide » en cas de radicalisation de réfugiés, des exercices conjoints des forces de police et de la Bundeswehr ainsi que l'accélération de la mise en place d'un « office central des technologies de l'information dans le domaine de la sécurité » (Zitis) spécialisé dans le décodage des communications via Internet.

Il faut agir partout où existent des lacunes, a insisté la chancelière.

Une épreuve pour l'Europe

L'Allemagne et l'Europe font face à une épreuve historique, selon la chancelière. Il n'y a jamais eu autant de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle s'est dite déçue du manque de volonté de coopérer de certains dans l'Union européenne. La répartition intra-européenne des migrants venant par exemple de Grèce doit être plus rapide.

Cependant, la pression de la crise migratoire a également permis des évolutions positives. Elle a cité en exemple la protection commune des frontières et des côtes européennes, l'accord entre l'UE et la Turquie et le développement de partenariats avec des pays d'Afrique en matière de migration. Il reste beaucoup de travail en Europe.

Turquie : préserver l'état de droit

La chancelière fédérale a qualifié l'accord UE-Turquie de bon exemple de partenariat en matière de migration. Par cet accord, les passages de frontière illégaux ont été « très fortement freinés ». Elle a indiqué que la Turquie restait un important partenaire dans le traitement des migrants. En accueillant trois millions d'entre eux et en les ravitaillant, le pays s'est selon elle montré exemplaire. Il est juste que l'Union européenne apporte là un soutien financier.

La chancelière fédérale a exhorté les dirigeants turcs à préserver l'état de droit dans les poursuites contre les présumés putschistes. Il va de soi que dans une telle situation, les putschistes doivent être poursuivis « par tous les moyens de l'État de droit ». Mais ce dernier doit toujours absolument respecter le « principe de la juste mesure des choses ».

Angela Merkel a exprimé son inquiétude devant la dureté des agissements de la Turquie après ce coup d'État échoué. Pour l'Allemagne il est « très important », au regard des trois millions de personnes d'origine turque qui vivent sur son territoire, que la juste mesure demeure respectée en Turquie.

« Le PTCI juste et important »

Mme Merkel s'est encore exprimée sur d'autres sujets devant la presse berlinoise. Ainsi, elle continue de soutenir fermement l'accord de libre-échange européen avec les États-Unis PTCI. « Je tiens cet accord pour absolument juste et important et tout à fait dans l'intérêt européen. » Au cours du dernier sommet européen, tous les pays membres se sont prononcés en faveur d'une poursuite des négociations. Il ne sera toutefois déterminé qu'en dernier lieu si l'accord correspond aux exigences européennes. Il s'agit donc de poursuivre les discussions.

Alignement des retraites de l'Est sur l'Ouest

La chancelière s'est également prononcée sur la question de savoir si et quand les retraites de l'Est et de l'Ouest allaient être harmonisées. « Le gouvernement fédéral se tient à son engagement d'égaliser les retraites », a souligné Mme Merkel. Des discussions sont menées entre les experts des ministères. Le thème ne compte cependant pas parmi les besoins financiers prioritaires. Il fera l'objet de délibérations intensives au cours de la semaine à venir. Si souhaitable que soit l'harmonisation des retraites entre Est et Ouest, un équilibre doit pourtant être respecté pour les plus jeunes.

En référence au niveau général des retraites pour l'avenir, Mme Merkel a déclaré que les régimes de retraite étatiques, professionnels et privés devraient être raisonnablement équilibrés. Il faut pour cela veiller à l'équilibre entre population active et retraités.