Angela Merkel veut tout faire pour empêcher de nouvelles victimes

Les ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur de l'UE ont adopté un plan en dix points allant dans ce sens.

« Nous ferons tout pour empêcher que de nouvelles victimes meurent devant notre porte de la façon la plus cruelle », a souligné la chancelière fédérale Angela Merkel à Berlin. Avant le forum de dialogue du G7 à Berlin, Mme Merkel s’est dite « bouleversée » par le naufrage. Elle a également annoncé des mesures visant à empêcher que des personnes continuent de mourir en Méditerranée.

Ce sont apparemment plusieurs centaines de personnes - dont des femmes et des enfants - qui ont péri noyées dans la nuit de samedi à dimanche lors d'un naufrage en Méditerranée. Plusieurs centaines de migrants avaient déjà perdu la vie la semaine précédente sur le trajet entre la Libye et l'Italie. D'autres embarcations étaient en détresse lundi. L'une d'entre elles s'est échouée sur des rochers près de l'île grecque de Rhodes. Chaque année, des milliers de personnes tentent de rejoindre l'Europe par la Méditerranée. Les autorités ont dénombré 3 500 disparus lors de naufrages pour la seule année 2014.

Nécessité d’intensifier les efforts

D'abord, il faut entreprendre la lutte contre les passeurs et les rabatteurs, qui mettent en danger la vie de personnes de manière inhumaine et les conduisent vers la mort, a déclaré la chancelière devant des représentants d'organisations non gouvernementales.

« Deuxièmement, nous travaillerons intensivement à surmonter les causes de la fuite des migrants », a poursuivi Mme Merkel. Le plus important est d'empêcher que d'autres personnes ne meurent en Méditerranée, a-t-elle affirmé, ajoutant que cela était incompatible avec les valeurs de l'Europe. « Les efforts doivent être renforcés » afin que ces valeurs soient respectées, a souligné la chancelière fédérale.

Plan en dix points et réunion extraordinaire

Les ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur ont entre-temps adopté, à Luxembourg, des mesures visant à empêcher de nouveaux naufrages :

  • Renforcement des opérations communes Triton et Poséidon en Méditerranée par le biais de l'augmentation des ressources financières et opérationnelles. De plus, leur champ d'action est élargi afin de permettre des interventions à plus grande échelle dans le cadre du mandat de Frontex.

  • Confiscation et destruction systématiques des embarcations utilisées par les passeurs en Méditerranée. La Commission européenne espère que cela amènera des succès comparables à ceux de l'opération Atalanta.

  • Europol, Frontex, le Bureau européen d’appui en matière d'asile (BEAA) et Eurojust se réuniront régulièrement et travailleront en étroite coopération afin de réunir des informations sur les modes opératoires des trafiquants, de suivre les flux financiers et de faciliter les enquêtes.

  • Des équipes du BEAA seront déployées en Italie et en Grèce afin de permettre le traitement conjoint des demandes d'asile.

  • Les États membres devront assurer la prise systématique des empreintes digitales de tous les migrants à leur arrivée.

  • Examen des options pour une répartition plus équitable des réfugiés dans des situations d'urgence.

  • Introduction, sur une base volontaire, d'un projet pilote de réinstallation dans les pays de l’UE de personnes ayant obtenu le statut de réfugié auprès du HCR, dans le cadre duquel les États membres proposeraient des places pour des personnes nécessitant une protection.

  • Introduction d'un nouveau programme pour les renvois rapides de migrants irréguliers des États membres exposés, sous la coordination de Frontex.

  • Efforts conjoints de la Commission et du Service européen pour l'action extérieure (SEAE) en vue d'une coopération avec les pays voisins de la Libye. Les initiatives en République du Niger devront être renforcées.

  • Envoi d'officiers de liaison dans certains pays tiers importants qui seront chargés de collecter des informations sur les flux migratoires et de soutenir les délégations de l'UE.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a convoqué une réunion extraordinaire des chefs d'État et de gouvernement de l'UE pour jeudi.

Réactions atterrées

« Chaque mort est un mort de trop. Chaque cas individuel, un sort terrible », avait déclaré le ministre fédéral de l'Intérieur Thomas de Maizière dimanche (19 avril 2015) après l'annonce du naufrage. « Des crimes si cruels exigent une réponse européenne. Il s'agit de sauver des vies humaines, de lutter contre les bandes de passeurs organisées et de stabiliser la région. Il n'y a pas de réponses simples », a estimé le ministre.

« Aucun doute : ce que nous avons encore observé aujourd'hui en Méditerranée, c'est une tragédie supplémentaire. Ces images sont insupportables », s'est exprimé le ministre fédéral des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier dans l'émission « Bericht aus Berlin » de la première chaîne de télévision allemande ARD.

M. Steinmeier veut la stabilité en Libye

Le ministre fédéral des Affaires étrangères a insisté sur la souffrance que doivent endurer ces personnes avant même d'avoir accédé à l'embarcation. Le risque de s'embarquer sur des bateaux en mauvais état est à peine supportable.

Du point de vue de M. Steinmeier, deux choses revêtent à présent une importance particulière. « Nous devons tenter d'apporter davantage de stabilité à la Libye. » L'objectif est un gouvernement d'union nationale. Seules des conditions stables pourront améliorer la situation des migrants. Par ailleurs, a expliqué M. Steinmeier, il faut prendre des mesures contre les passeurs et mettre fin aux agissements de leurs organisations.

Lutte contre les passeurs

Pour Thomas de Maizière, la « lutte contre les bandes de passeurs est un point crucial ». C'est tout juste s'il existe encore en Libye des structures étatiques, et les passeurs exploitent cette situation. Les organisations criminelles de passeurs gagnent beaucoup d'argent avec les trajets jusqu'à et sur la Méditerranée. Les personnes à bord sont abandonnées à leur destin.

M. de Maizière est partisan d'une coopération internationale renforcée. « Chez Europol, nous avons mis en place une équipe d'enquête propre, où nous constatons de premiers résultats. Nous ne pouvons tolérer et ne tolérerons pas que ces criminels sacrifient en masse des vies humaines uniquement par appât du gain. »

Aucun pays ne peut résoudre seul la problématique des migrants. Non seulement une stratégie européenne commune est à présent nécessaire, mais aussi une meilleure imbrication des politiques étrangères, intérieures et de développement dans et entre les États membres ainsi qu'avec les États de provenance et de transit, a déclaré M. de Maizière.

Gerd Müller veut rétablir « Mare Nostrum »

Dans le quotidien allemand « Bild », le ministre fédéral de la Coopération économique et du Développement, Gerd Müller, a entre-temps appelé au rétablissement du programme de sauvetage en mer « Mare Nostrum », qui avait été lancé par l'Italie, et plaidé en faveur d'un concept global à l'échelle de l'UE concernant la répartition des migrants entre les 28 États membres de l'UE.

La déléguée à l'Intégration appelle à agir vite

La déléguée du gouvernement fédéral à la Migration, aux Réfugiés et à l'Intégration Aydan Özoguz s'est également déclarée « profondément choquée ». Sur sa page Facebook, elle a écrit : « Le fait que tant de personnes aient de nouveau trouvé la mort sur la route de l'Europe est pour nous tous un aveu d'impuissance. C'est pourquoi nous n'avons plus de temps à perdre. » Avec la hausse des températures au cours des mois et des semaines à venir, il est à craindre qu'encore plus de personnes cherchant protection prennent la mer », selon la déléguée à l'Intégration.