Budget fédéral 2015

Angela Merkel : l’Allemagne est un garant de la stabilité

Le budget fédéral pour l’année 2015 marque un tournant. Pour la première fois depuis 46 ans, il ne prévoit pas de nouvelles dettes, a déclaré la chancelière fédérale au cours du débat général sur le budget fédéral.

La chancelière fédérale Angela Merkel devant le Bundestag

Angela Merkel : notre pays doit rester innovant

Photo : Bundesregierung/Bergmann

Une triple approche est nécessaire qui sera fondée sur la solidité budgétaire, des réformes structurelles stimulant la croissance et des investissements dans l’avenir.

Concernant l’Europe, Angela Merkel fait le constat suivant : « On a besoin de l’Allemagne comme pôle de stabilité et comme moteur de croissance. »

Selon la chancelière, l’Allemagne dispose de conditions de base robustes. En effet, le taux de chômage peu élevé et le nombre record d’actifs ont permis aux travailleuses et travailleurs d’obtenir de nettes augmentations de salaire et une baisse du taux des cotisations de retraite. Le gouvernement fédéral continue de tabler d’après Mme Merkel sur une politique budgétaire solide et sur la réduction du taux d’endettement. Pendant des décennies entières, l’État allemand a vécu au-dessus de ses moyens, « mais nous y mettons un terme », a déclaré la chancelière. La solidité budgétaire et une politique qui stimule la croissance et favorise l’investissement, ce ne sont pas à ses yeux des éléments diamétralement opposés.

Le budget fédéral 2015 prévoit des dépenses d’un montant total de 299,1 milliards d’euros, c’est-à-dire 400 millions d’euros de moins que chiffré dans le projet de budget du gouvernement. 26,45 milliards d’euros sont prévus au titre de l’investissement.

Voici les grands axes du projet :

  • Le gouvernement fédéral allège de six milliards d’euros la charge pesant sur les Länder et les communes afin que ces économies servent à mieux financer les crèches, les jardins d’enfants, les garderies, les écoles et les universités.
  • Le domaine de la recherche reçoit pour sa part trois milliards d’euros supplémentaires, destinés avant tout au Pacte pour la recherche et l’innovation et à l’Initiative pour l’excellence.
  • La Fédération fournira dans le courant de la législature une rallonge de cinq milliards d’euros qui serviront à investir dans le réseau routier, ferroviaire et fluvial. D’ici à 2017, les investissements dans les transports atteindront un montant total de près de douze milliards d’euros.
  • Le développement urbain, qui a vu récemment ses ressources portées à 700 millions d’euros par an, conservera également ce haut niveau pour les années à venir.
  • Les institutions compétentes en matière de coopération au développement obtiennent en totalité deux milliards d’euros supplémentaires.

L’État doit générer la confiance

L’économie sociale de marché associe à une politique financière solide une bonne politique économique, a poursuivi Mme Merkel. L’État doit à son avis donner confiance dans des conditions cadre et un contexte social fiables. Elle estime que l’Allemagne est l’un des pays les plus compétitifs au monde. « Nous ne devons pas pour autant nous reposer sur nos lauriers. Notre pays doit rester innovant », a insisté la chancelière, avant d’ajouter que le poids de la bureaucratie sur les entreprises devait être maintenu à un bas niveau.

Elle a mentionné à ce sujet comme thèmes prioritaires notamment les transports et les infrastructures, la gestion du tournant énergétique, la lutte contre le changement climatique, la mutation numérique ainsi que l’éducation et la recherche.

Pour renforcer encore la croissance, le gouvernement fédéral allouera pour la période 2016-2018 dix milliards d’euros supplémentaires pour les activités d’investissement. Il sera décidé de l’utilisation des ressources lorsque l’on fixera les grands axes du budget pour 2016.

Sortir de la crise des dettes souveraines

Pour sortir de la crise des dettes souveraines en Europe, le chemin est long et tout sauf simple, a rappelé Mme Merkel. Néanmoins, l’Europe est selon elle bien engagée. Il est important, a-t-elle ajouté, que le Pacte de stabilité et de croissance soit respecté. Les décisions adoptées récemment en matière de contrôle budgétaire par la Commission européenne ont mis l’Europe « dans l’ensemble dans la bonne voie ». Le gouvernement fédéral apporte son soutien à la Commission européenne en ce qui concerne la décision de cette dernière d’examiner strictement la programmation budgétaire des États membres. Le monde entier suit avec la plus grande attention la façon dont la situation évolue en Europe. La chancelière en conclut que « la fiabilité des règles communes du Pacte de croissance est de la plus haute importance pour la confiance dans la zone euro tout entière. » Investissements, croissance durable et gestion budgétaire solide vont de pair, selon Mme Merkel, qui a fait l’éloge à cet égard de l’Irlande et du Portugal qu’elle considère comme des exemples à suivre.

Angela Merkel a dit soutenir le plan d’investissement de 315 milliards d’euros de la Commission européenne. D’un autre côté, elle a bien insisté sur la nécessité de prévoir des dépenses surtout pour investir dans les projets d’avenir et d’autres réformes structurelles.

S’agissant du sommet du G20 en Australie, Mme Merkel a déclaré que la régulation des banques opérant à l’international avait avancé. Le fait que les contribuables n’aient plus à payer la note est selon elle une réussite. Néanmoins, la régulation des systèmes bancaires parallèles n’est pas encore faite pour l’instant.

Priorité au TTIP

Le libre-échange constitue pour la chancelière allemande un facteur essentiel de la croissance économique. Dans ce contexte, elle a évoqué la dynamique du développement économique dans la région Asie-Pacifique. « Le monde n’attend pas après l’Europe », tel est l’avertissement qu’elle a lancé en liaison avec les négociations sur l’accord de libre-échange transatlantique (TTIP). Selon la chancelière, l’Europe rate des chances si elle ne s’ouvre pas à l’accord de libre-échange avec les États-Unis.

Mais l’Europe rate aussi la possibilité de continuer à participer à la définition des normes et réglementations à l’échelle mondiale. La chancelière considère donc le TTIP comme une « priorité absolue ».

La voie diplomatique pour sortir de la crise ukrainienne

S’agissant de la situation en Ukraine, Mme Merkel a bien insisté sur le fait que les pays voisins de la Russie ne devaient pas avoir à faire de choix. Rien ne peut justifier selon elle l’annexion de la Crimée, pas plus que la participation directe ou indirecte de la Russie aux affrontements dans l’est de l’Ukraine. La Russie ne respecte pas l’intégrité territoriale de l’Ukraine et viole le droit international. C’est pourquoi il demeure incontournable selon Mme Merkel d’appliquer des sanctions économiques à l’encontre de Moscou.

Mme Merkel a souligné parallèlement qu’il n’y avait pas de solution militaire, mais uniquement une solution diplomatique. L’Allemagne ne laisse aucune piste inexplorée pour parvenir à une issue diplomatique du conflit par le dialogue avec la Russie, a-t-elle assuré en faisant allusion aux efforts concertés du ministre fédéral des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. « Pour réussir dans nos efforts destinés à mettre un terme à la crise, il nous faut de la patience et de l’endurance », a ajouté la chancelière. L’Ukraine doit pouvoir décider seule de son avenir. Et Mme Merkel d’ajouter : « C’est la force du droit qui prime, et non le droit du plus fort. »

La lutte contre le terrorisme de l’EIIL

La chancelière fédérale a réaffirmé la contribution de l’Allemagne à la lutte contre la milice terroriste autoproclamée « État islamique ». Cette milice représente selon Mme Merkel « l’une des menaces les plus brutales pour la vie des populations en Syrie et en Iraq ». Il est donc nécessaire que la communauté internationale unisse ses forces pour la combattre.

Soutien aux réfugiés

Du fait de l’augmentation du nombre de réfugiés, le monde entier doit faire face à de grands défis. Il est néanmoins nécessaire aux yeux de Mme Merkel que les causes de migration soient combattues en tout premier lieu dans les pays mêmes. L’Allemagne accueillera probablement quelque 200 000 demandeurs d’asile cette année, a précisé la chancelière, avant d’assurer les services compétents sur place du soutien du gouvernement fédéral.

Le tournant énergétique reste un enjeu majeur

En adoptant en 2014 la loi modificative sur les énergies renouvelables, le gouvernement fédéral a jeté les bases essentielles en vue de la restructuration et du développement de l’approvisionnement énergétique en Allemagne. C’est ce qu’a souligné Mme Merkel avant de préciser que l’objectif qui est de briser la dynamique des coûts demeurait une mission sur le long terme. L’enjeu est selon elle d’assurer la sécurité de l’approvisionnement tout en maintenant les coûts à un niveau acceptable.

Le tournant énergétique est par conséquent pour Mme Merkel l’un des principaux investissements dans notre pays. Il convient de clarifier la poursuite du développement des réseaux et de l’accélérer. Mais Mme Merkel juge également important de discuter du pour et du contre d’un marché de capacité et de faire concorder tournant énergétique et protection du climat.

Gérer avec succès la mutation numérique

Concernant le numérique, il s’agit de « garder le cap et d’exploiter les possibilités qu’il offre ». Pour ce faire, Mme Merkel est d’avis qu’il faut des réglementations à l’échelon européen, telles que le règlement général sur la protection des données. De même, les entreprises du secteur des télécommunications et les entreprises de réseau doivent être soutenues par un cadre raisonnable. Le passage de l’industrie en mutation à l’usine connectée dite « Industrie 4.0 » constitue de ce point de vue une mission d’avenir cruciale.

Développement des infrastructures

S’agissant des infrastructures du futur, la chancelière a déclaré que le développement et la protection des réseaux de transport jouaient un rôle important. Au cours de la législature actuelle, cinq milliards d’euros supplémentaires seront mis à disposition pour investir dans les transports.

La présidence allemande du G7

milliards d’euros supplémentaires seront mis à disposition pour investir dans les transports.

La présidence allemande du G7

La présidence allemande du G7 dominera largement les activités du gouvernement fédéral l’année prochaine, a déclaré la chancelière. L’Allemagne entend faire un choix ciblé de thèmes déterminants pour l’« avenir du monde unique ». Le sommet des chefs d’État et de gouvernement du G7 aura lieu les 7 et 8 juin 2015.

Il aura comme priorités :

  • les nouveaux objectifs de développement, c’est-à-dire ce qu’on appelle le « Programme du développement pour l’après-2015 »,
  • la fin de la pauvreté absolue à l’horizon 2030,
  • la protection du climat et des mers,
  • la lutte contre la résistance aux antibiotiques et contre les maladies tropicales négligées,
  • le renforcement de l’autonomie et de la formation professionnelle des femmes,
  • un plus grand respect des normes écologiques internationales dans les échanges internationaux.

Le gouvernement fédéral, a déclaré pour finir la chancelière, recherche le dialogue avec la société civile et tiendra régulièrement le Bundestag informé en ce qui concerne le sommet du G7. Et elle a conclu en disant qu’il incombait à la politique de « prendre des responsabilités pour défendre nos valeurs et nos intérêts, la paix et la liberté ».

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