« L’Allemagne doit se montrer flexible »

Angela Merkel concernant la politique des réfugiés « L’Allemagne doit se montrer flexible »

Aux yeux de Mme Merkel, l’afflux croissant de réfugiés est un « enjeu majeur pour longtemps ». Il s’agit d’un « mission nationale » qui exige davantage de flexibilité. La Loi fondamentale énonce des « principes clairs » à l’égard des réfugiés, a-t-elle déclaré lors de sa conférence de presse d’été à Berlin.

La chancelière fédérale Angela Merkel pendant sa conférence de presse d'été

La problématique des réfugiés a été l'un des grands thèmes de la conférence de presse d'été de la chancelière fédérale

Photo : Bundesregierung/Schacht

La problématique des réfugiés était au cœur de cette conférence de presse de la chancelière allemande. Ce qui se passe actuellement en divers endroits n’est pas une catastrophe naturelle, a-t-elle estimé. En revanche, il y a une multitude de situations catastrophiques. À titre d’exemple, Mme Merkel a mentionné la tragédie survenue en Autriche, où 71 réfugiés ont été retrouvés morts dans un camion la semaine dernière. Elle a parlé d’« horreurs inconcevables » et de « scènes et d’images qui dépassent notre entendement ».

Des principes clairs concernant les réfugiés

Angela Merkel a insisté sur l’importance de disposer de principes clairs qu’il faut respecter envers les réfugiés. « Or ces principes sont énoncés dans notre Loi fondamentale », a-t-elle précisé. Ainsi s’applique le droit fondamental des persécutés politiques à bénéficier de l’asile. « Nous pouvons être fiers de l’humanité de notre Loi fondamentale », a déclaré la chancelière allemande. L’Allemagne, a-t-elle poursuivi, accorde également la protection à tous ceux qui fuient la guerre. « Et le deuxième principe est la dignité de l’être humain, objet de l’article 1er de notre Loi fondamentale », a-t-elle fait remarquer.

En même temps, la chancelière a pris position sans équivoque contre la xénophobie sous toutes ses formes. « Nous nous opposons avec toute la rigueur de notre État de droit à ceux qui harcèlent d’autres personnes, les attaquent, incendient leurs lieux d’hébergement ou veulent employer la violence. Il n’y a aucune tolérance à avoir vis-à-vis de ceux qui remettent en cause la dignité d’autres êtres humains », a-t-elle souligné, avant de lancer un appel urgent à ne pas prendre part aux manifestations contre l’arrivée de réfugiés.

La société civile, une réalité

L’Allemagne est malgré tout un « bon pays », doté d’une « bonne Constitution ». La société civile si souvent invoquée est une réalité, selon la chancelière, qui s’est dite fière de voir combien de citoyennes et citoyens se mobilisent en Allemagne en faveur des réfugiés. « Il y a beaucoup plus de personnes qui sont prêtes à les aider que de personnes qui incitent à la haine ou se rendent coupables de xénophobie. »

Reste à savoir quelles mesures politiques doivent être prises concrètement. Angela Merkel a nommé trois domaines : les mesures en Allemagne, les mesures en Europe et au niveau des pays d’origine, et pour finir les moyens de lutter contre les raisons qui poussent les réfugiés à fuir leur pays.

Pour l’Allemagne, la question des réfugiés est une « mission nationale », un « enjeu majeur pour longtemps ». Afin de pouvoir faire face à cette problématique, la « flexibilité allemande » doit venir s’ajouter à la « minutie allemande », a estimé la chancelière. Le problème ne pourra pas se régler à son avis en « travaillant normalement ». Mme Merkel s’est montrée convaincue que l’Allemagne pouvait résoudre les problèmes. « L’Allemagne est un pays fort, nous avons déjà accompli tant de choses », a-t-elle constaté. Son pays a déjà souvent prouvé selon elle qu’il était capable de relever de grands défis. Mme Merkel a cité en exemple à ce sujet le recouvrement de l’unité allemande il y a 25 ans, la transition énergétique dite « tournant énergétique » (Energiewende) et la réussite de l’aide en cas de catastrophes naturelles.

La rapidité des procédures d’asile particulièrement importante

Mme Merkel a déclaré qu’un vaste ensemble de mesures serait vraisemblablement adopté le 24 septembre lors d’une rencontre avec les chefs de gouvernement des Länder. Il est particulièrement urgent à ses yeux d’accélérer les procédures d’asile. De plus, l’Allemagne a besoin d’un plus grand nombre de centres de premier accueil. Des décisions rapides devront par ailleurs être prises concernant ceux qui n’ont aucune chance de pouvoir rester en Allemagne, les réfugiés provenant des Balkans occidentaux tout spécialement. D’un autre côté, il importe de renforcer les possibilités d’aider les réfugiés qui ont de fortes chances de pouvoir rester en Allemagne à s’intégrer rapidement. Mme Merkel a plaidé à ce propos en faveur d’enseignants supplémentaires pour que les réfugiés puissent apprendre l’allemand à l’école.

L’Europe doit se bouger

Le dossier des réfugiés a également une dimension européenne. Mme Merkel a souligné à ce sujet : « C’est toute l’Europe qui doit se bouger. Et les États doivent se partager la responsabilité de s’occuper des réfugiés qui demandent l’asile. » Elle a parlé de « droits civils universels » qui ont déjà joué un rôle essentiel lors de la création de la Communauté européenne, insistant sur le fait que ces valeurs restaient déterminantes.

Mme Merkel a déclaré par ailleurs qu’il existait, concernant les mesures opérationnelles à prendre, une large concordance de vues entre l’Allemagne et la France sur les prochaines étapes et que cela allait maintenant faire l’objet de discussions avec les autres pays.

Lutter contre les motifs de fuite

Outre la situation en Allemagne et la dimension européenne, il convient de se préoccuper de ce qui pousse les migrants à fuir leur pays. On s’aperçoit ici de l’importance de la politique étrangère et de la coopération internationale. L’essentiel est de poursuivre les efforts concernant le conflit syrien, et aussi, a déclaré Mme Merkel, la situation en Afghanistan. En ce qui concerne ce dernier point, de nouvelles discussions sont nécessaires avec les talibans.

Autres thèmes : la Grèce et l’Ukraine

La conférence de presse de la chancelière a également porté sur la crise financière grecque. À ce propos, Mme Merkel a déclaré qu’en dépit de l’annonce de nouvelles élections, elle partait du principe qu’Athènes allait remplir ses engagements. Le troisième plan d’aide à la Grèce est désormais adopté, a-t-elle ajouté, et la première tranche a été versée. La chancelière a insisté sur le fait que l’image de l’Allemagne n’avait pas souffert du débat grec. L’Allemagne a selon elle largement contribué à ce que l’Europe puisse apporter une réponse commune.

S’agissant du conflit dans l’est de l’Ukraine, Mme Merkel a réaffirmé la volonté de son pays de poursuivre les efforts en vue de la mise en œuvre des accords de Minsk. Elle a salué les efforts déployés par l’Ukraine pour parvenir à une réforme constitutionnelle qui permette d’accélérer le processus politique dans la zone en conflit. Une nouvelle réunion en format Normandie est possible, a-t-elle annoncé. On entend par là un échange direct entre l’Allemagne, la Russie, l’Ukraine et la France.

Après sa prise de fonctions en 2005, la chancelière a donné sa première « conférence de presse d’été » en 2006 à la Conférence de presse fédérale (Bundespressekonferenz). Cette conférence de presse d’été traditionnelle est pour les journalistes en poste dans la capitale allemande une bonne occasion de poser des questions sur les sujets politiques d’actualité. Association des correspondants parlementaires, la Conférence de presse fédérale existe depuis 1949.

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