Témoignages de l’ouverture de la frontière est-allemande sur le pont « Bösebrücke » à Berlin

lun., 09.11.2009
Certains avaient entendu dire quelque chose d’incroyable, d’autres s’étonnèrent d’une activité inhabituelle au poste-frontière étroitement surveillé. Et d’autres encore crurent tout simplement l’annonce faite par la télévision de l’Ouest dans le cadre de l’émission d’information « Tagesthemen », au cours de laquelle le présentateur s’était d’ailleurs bien avancé…
Le témoin de l'époque montrant une photo de l'ouverture de la frontière est-allemandeSource: REGIERUNGonline / Bergmann Agrandissement Hans-Martin FleischerHans-Martin Fleischer avait 26 ans à l’époque et il faisait des études à l’Ouest. Il avait entendu à l’université des bruits qui couraient comme quoi le Mur s’apprêtait à s’ouvrir. « J’étais le seul à avoir sa voiture sur place », se souvient celui qui est aujourd’hui employé du Sénat de Berlin. Sans réfléchir plus longuement, les sept étudiants s’engouffrèrent dans sa Coccinelle (VW) pour se rendre au poste-frontière Bornholmer Straße.
 
Au départ, le jeune homme avait les larmes aux yeux, tellement il était heureux. C’était un sentiment de bonheur historique, dit-il. Un peu plus tard s’y ajouta un délicieux frisson.
 
 
 
Kathrin Katzek devant le pontSource: REGIERUNGonline / Bergmann Agrandissement Kathrin KatzekEn effet, une jeune femme venant de l’autre côté du pont s’avançait vers lui. Ils se mirent à discuter, puis elle suivit les étudiants en sciences économiques en direction de Berlin-Ouest.
 
Pendant quelques années, Hans-Martin Fleischer et Katharina Katzek (alors âgée de 24 ans) ont été mariés. Au départ, je ne voulais pas aller à l’Ouest, se souvient Katharina en pensant à cette fameuse nuit. J’avais trop peur de ne plus pouvoir rentrer chez moi.
 
 
 
Le couple souriant au photographeSource: REGIERUNGonline / Bergmann Agrandissement Liane Müller-Knuth et Herbert MüllerLiane Müller-Knuth n’avait pas bien compris Günter Schabowski et les paroles lourdes de conséquences qu’il avait marmonnées (« Pour autant que je sache… cela entre en vigueur immédiatement, sans délai »). Comment l’aurait-elle pu d’ailleurs ?
 
Lorsque Hanns-Joachim Friedrichs, livrant une interprétation osée de ces propos à la télévision de l’Ouest, déclara que les points de passage du Mur étaient grands ouverts, elle n’hésita pas plus longtemps. Herbert, son mari, démarra leur voiture de marque Trabant et ils rendirent visite à une vieille amie qui habitait Berlin-Ouest. Jusqu’à six heures du matin, ce fut la fête. Puis, le couple rentra en RDA car il fallait bien aller travailler.
 
 
Le couple devant le pontSource: REGIERUNGonline / Bergmann Agrandissement Hans-Jürgen et Heike LeglerHeike et Hans-Jürgen Legler avaient, eux, parfaitement compris Günter Schabowski et ils furent parmi les premiers à passer le poste-frontière Bornholmer Straße.
 
« Elle a pensé que nous étions cinglés », dit Heike, qui était alors âgée de 29 ans, en pensant aujourd’hui encore à la réaction de sa cousine lorsque son mari et elle appelèrent du Kudamm où des Berlinois de l’Ouest les avaient spontanément invités à boire une bière. Le 9 novembre restera toujours pour Heike un jour privilégié qui invite à faire la fête. En effet, c’était et c’est le jour de son anniversaire.
 
 
Une femme devant le pontSource: REGIERUNGonline / Bergmann Agrandissement Ingrid SchulzeSon petit-fils n’est guère plus âgé que l’unité allemande. En ce soir de novembre, il dormait. Ingrid Schulze était elle aussi allée se coucher. Vers 23 heures, son gendre vint la réveiller. Il lui suffit de regarder par la fenêtre pour voir que rien n’était comme d’habitude : des gens dansaient dans la rue et chantaient à la lumière des phares des « Trabis » sur le pont jusqu’alors si étroitement surveillé. « C’était une scène absolument irréelle », se souvient la retraitée de Fürstenwald.
 
Elle parle aujourd’hui encore beaucoup avec son petit-fils de la révolution pacifique et des deux Allemagne désormais réunies.
 
 
Le couple devant le pontSource: REGIERUNGonline / Bergmann Agrandissement Elke Leier et Günther FiedlerElke Leier était également couchée ce soir-là. Les informations n’étaient vraiment pas claires. Mais son compagnon, Günter Fiedler, alors âgé de 38 ans, voulait en avoir le cœur net. Bien que les premiers policiers postés devant le pont « Bösebrücke » lui aient dit d’attendre le lendemain pour faire une demande, il poursuivit son chemin, et personne ne l’arrêta. Une heure plus tard, il était installé dans le salon chez son frère à Berlin-Ouest.
 
« Ils étaient bien sûr surpris de me voir », dit Günter Fiedler à propos de sa visite spontanée dans sa famille à l’Ouest, mais « finalement pas tant que cela ». Pourquoi ça ? Bien que sa demande ait été refusée par les autorités est-allemandes, il avait en effet déjà assisté quelques semaines plus tôt au mariage organisé à Berlin-Ouest. Pour cela, il était tout simplement passé par la Hongrie. Et il était ensuite rentré tout à fait normalement chez lui par le même chemin. Quelle drôle d’époque !
Logo: gouvernement fédéral online