Traduction
- Date
- 24.01.2011
- Lieu :
- à Berlin
Discours de la Chancelière fédérale Angela Merkel
à l’occasion de la cérémonie des vœux au Corps diplomatique
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
C’est une grande joie pour moi que de vous souhaiter cordialement la bienvenue à la Chancellerie fédérale pour la traditionnelle cérémonie des vœux. Je parle également au nom du ministère fédéral des Affaires étrangères et de Mme Cornelia Pieper, la ministre adjointe aux Affaires étrangères.
La cérémonie qui nous réunit aujourd’hui est toutefois assombrie par les terribles nouvelles en provenance de Moscou. Un lâche attentat s’est produit cet après-midi à l’aéroport international de Moscou-Domodedovo, faisant plusieurs victimes. Le gouvernement fédéral condamne cet attentat dans les termes les plus sévères. Nous adressons nos condoléances aux familles des blessés et des personnes tuées. Bien sûr, nous offrons notre soutien au gouvernement russe pour l’aider à élucider les causes de cet attentat. J’ai déjà assuré le président russe de toute ma sympathie.
Mesdames, Messieurs, je voudrais néanmoins saisir l’occasion que nous offre cette réception pour vous dire à tous tout simplement un grand merci : merci pour les actions multiples que vous déployez en faisant le trait d’union entre nos pays, merci pour votre travail quotidien et pour ce que vous faites en Allemagne pour vos pays mais aussi pour l’image de l’Allemagne que chacun d’entre vous véhicule dans son pays.
Vous nous aidez à comprendre votre pays d’origine et sa culture. Ainsi, la confiance se renforce, la compréhension mutuelle s’améliore, les partenariats reçoivent une nouvelle impulsion et les liens d’amitié se nouent. Autant d’éléments qui favorisent une bonne coopération. Celle-ci devient chaque jour plus importante. En effet, le phénomène que nous appelons mondialisation ne décrit rien d’autre que le fait que nous nous rapprochons de plus en plus les uns des autres, que personne ne peut être touché par un conflit dans son pays sans que cela se répercute sur les autres et c’est pourquoi nous voulons essayer de nous mettre à la place des autres, et nous devons le faire.
Je crois pouvoir dire au nom du gouvernement fédéral allemand que notre ambition politique est de contribuer à façonner la mondialisation. Nous refusons de nous y plier ou de l’accepter comme une fatalité, nous voulons la façonner pour le bien des hommes et des femmes non seulement en Allemagne mais aussi dans tous les autres pays. Nous savons que notre pays ne peut y parvenir en agissant seul et que c’est seulement en unissant notre force créative à d’autres que nous pourrons relever les grands défis tels que la protection du climat, les conséquences de la crise financière et économique internationale ou la sécurité et la stabilité.
La crise financière nous a surtout fait comprendre une chose, à savoir la nécessité, face à des économies de plus en plus interdépendantes, de mettre en place une régulation commune des forces du marché à l’échelle internationale. Les Allemands, qui vivent au quotidien, depuis la création de leur pays, l’histoire à succès de l’économie sociale de marché, souhaitent faire connaître aux autres pays le socle de valeurs sur lequel ce système repose. Nous pensons que l’homme devrait façonner l’ordre économique au lieu de se plier tout simplement aux forces du marché.
Nous avons obtenu de nombreux résultats sur la scène internationale ces dernières années, depuis que nous avons été touchés par la crise économique et financière mondiale. Au sein du G20, nous avons fait de grands progrès. Toutefois, je dirais que le cadre réglementaire que nous avons fixé ne reflète toujours pas assez la nouvelle donne internationale malgré les améliorations apportées.
Nous avons vu qu’une action commune de tous les pays peut aider à résoudre même les crises les plus graves : le G20 n’est qu’un exemple de cette action commune que l’on retrouve dans de nombreuses enceintes comme aux Nations Unies ou au sein d’autres alliances. Cette stratégie a fait ses preuves dans le contexte de la stabilisation internationale des banques. Nous y sommes arrivés en adoptant des programmes conjoncturels. Nous devons prouver maintenant que nous saurons tirer à long terme les leçons de cette crise. Que nous refusons que les forces financières nous entraînent régulièrement dans une telle situation. Des leçons, nous en avons déjà tiré bon nombre.
Il s’agit maintenant de parvenir à une croissance économique durable à laquelle puissent participer tous les pays si possible. La liberté du commerce mondial est l’une des conditions essentielles à remplir, il ne faut pas que nous nous enfermions, que nous nous isolions, que nous dressions des barrières. Nous devons être prêts à aller vers les autres, l’esprit ouvert, à participer à une compétition équitable et à importer dans notre pays les produits d’autres pays lorsqu’ils sont de bonne qualité. Et cela doit s’appliquer réciproquement.
Nous savons que, pendant les années trente après la grande crise économique mondiale du siècle dernier, une grande erreur a été faite. En effet, après avoir commencé à lancer de vastes programmes conjoncturels, les pays se sont trop repliés sur eux-mêmes. C’est ce qui a fait rechuter l’économie mondiale. Voilà pourquoi l’achèvement des négociations de Doha est crucial à nos yeux. 2011 sera une année-clé. Nous en avons parlé lors de la dernière réunion du G20.
Je tiens à dire explicitement que nous soutiendrons la présidence française du G20 au même titre que celle du G8. Le président Sarkozy a présenté aujourd’hui le programme de cette double présidence. L’Allemagne apportera son soutien à la France d’une manière générale, mais elle essaiera, conjointement avec la France, de contribuer à une stabilité durable des monnaies, du commerce mondial et de la croissance. Nous appuyons également la présidence française dans les dossiers des migrations, de la cybersécurité, de l’innovation et de la croissance verte de même que dans ceux des prix équitables pour les matières premières, de la lutte contre la spéculation sur les matières premières, de la stabilité du système monétaire et de la coopération intergouvernementale internationale.
Les Nations Unies constituent l’enceinte la plus importante pour notre coopération, comme je n’ai jamais cessé de le répéter au cours de ces dernières années. Je crois que les Nations Unies, lors de leur fondation, ont accompli quelque chose de formidable et d’unique en adoptant la Déclaration universelle des droits de l’homme. La Charte des droits de l’homme nous dit que la dignité de l’homme doit être au centre de nos réflexions politiques et de notre action politique. Qu’est-ce que cela veut dire? Que chaque individu est important, qu’il jouit de droits fondamentaux et que ces droits doivent être respectés.
Nombreuses sont les questions donnant lieu à d’âpres controverses sur les moyens de parvenir vraiment à de bons résultats. Je citerais l’exemple des conférences sur le climat qui se déroulent chaque année. Nous sommes très heureux qu’il ait été possible de faire de petits progrès à Cancún au Mexique. L’Allemagne a essayé d’y contribuer activement. Toutefois, il suffit de regarder les engagements pris par les différents pays pour comprendre que nous sommes encore loin de l’objectif que nous nous sommes fixé et qui consiste à limiter la hausse de la température à un maximum de deux degrés Celsius d’ici 2050. Il faut poursuivre les efforts pour y arriver. L’Allemagne sera un partenaire actif au cours de ces prochains mois jusqu’à la conférence sur le climat qui doit se dérouler en Afrique du Sud.
L’Allemagne se prépare à assumer une plus grande responsabilité en 2011 et en 2012. Nous occupons entre-temps un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Il en résulte pour nous une responsabilité mais aussi une mission à remplir. Je voudrais remercier tous ceux qui nous ont aidés à obtenir ce siège de membre non permanent au Conseil de sécurité. Nous mettrons tout en oeuvre pour être à la hauteur de cette responsabilité, pour mettre à profit ces deux années et peut-être aussi pour contribuer à ce que les Nations Unies progressent dans la voie de leur réforme.
La liste des tâches qui nous attendent est longue.
Premièrement. En Europe, notre attention se porte tout naturellement en priorité sur l’Afrique, notre continent voisin. Tous les jours, des hommes et des femmes essaient de s’enfuir en fran¬chissant la Méditerranée, dans l’espoir d’un avenir meilleur.
Nous avons retenu notre souffle en entendant les nouvelles en provenance de Tunisie. Nous espérons que votre pays connaîtra un développement pacifique et démocratique. Nous admirons le courage de beaucoup de personnes. J’ai parlé plus haut de la Charte des droits de l’homme. Dans cet ordre d’idées, nous espérons que la liberté de manifestation et la liberté électorale deviendront bientôt une réalité également dans votre pays. C’est pourquoi nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous apporter notre soutien.
Nous avons bien sûr pris note de la crise qui sévit en Côte d’Ivoire et espérons qu’une solution raisonnable pourra également être mise en œuvre dans ce pays. Nous coopérerons très étroitement avec l’Union africaine car nous ne pouvons nous permettre aucune instabilité dans la région. Nous avons observé le déroulement pacifique du référendum au Soudan. Le directeur général des Affaires d’Afrique doit se rendre dans cette région ainsi qu’en Côte d’Ivoire. L’Allemagne essaiera d’apporter le soutien nécessaire notamment au Soudan et plus précisément au Sud-Soudan qui est en train de naître.
Dans de nombreuses parties du monde et précisément sur le continent africain, les hommes aspirent au changement. Ils veulent jouir d’une plus grande auto-détermination et de plus de participation. J’estime que ce sont là des droits fondamentaux courants dont chacun devrait bénéficier. C’est en fonction de ce principe que nous orienterons notre partenariat avec les pays africains.
Je pense que l’achèvement du cycle de Doha, c’est-à-dire des négociations sur le commerce mondial, peut revêtir une importance cruciale pour le continent africain.Nous sommes en train d’élaborer une nouvelle stratégie pour l’Afrique sur le modèle de notre stratégie pour l’Amérique latine, qui a fait ses preuves. Bien entendu, nous apporterons également notre contribution sur ce sujet au sein de l’Union européenne. Notre ministre du Développement a expliqué aujourd’hui que trois facteurs constituent les critères de la coopération: l’aide au développement, une bonne coopération économique et la bonne gouvernance. Ils continueront de guider notre action.
Le deuxième point que je voudrais évoquer et auquel nous devons accorder une attention particulière concerne la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs. L’Allemagne est profondément inquiète face aux développements de ces dernières années et tout particulièrement au sujet du programme nucléaire iranien, bien sûr. Nous avons été fortement déçus par les entretiens qui se sont déroulés ce week-end à Istanbul. Je le dis sans détours.
Je voudrais répéter ce que j’ai déjà dit à de nombreuses reprises: c’est à l’Iran qu’il incombe de dissiper les doutes sur son programme nucléaire. Tel est également l’objectif des sanctions adoptées en 2010. Si nous tendons régulièrement la main à l’Iran, c’est parce que nous voulons qu’il connaisse un développement raisonné et favorable et que les Iraniens soient les premiers à en bénéficier. J’insiste pour rappeler que les droits de l’homme sont valables partout. Nous savons qu’en Iran, nombre de libertés sont restreintes. Je dis donc très clairement que nous souhaitons que les choses progressent dans ce domaine également. Nous pensons bien entendu aux deux journalistes allemands et espérons qu’ils seront bientôt libres.
Mesdames, Messieurs, nous attendons naturellement des dirigeants iraniens que la situation évolue de manière positive. Sinon, nous serons obligés de continuer à avoir recours aux sanctions. Je ne peux que réitérer mes appels et dire qu’à l’avenir, il faut que les entretiens soient plus fructueux qu’ils ne l’ont été ce week-end.
Le processus de paix au Proche-Orient constitue pour nous, je suis bien forcée de le constater, un autre sujet de profonde inquiétude et c’est le troisième point que je souhaite évoquer aujourd’hui. Nous avons nourri beaucoup d’espoirs que la situation évolue. Malheureusement, ces espoirs ne se sont pas réalisés. Cela ne m’empêchera pas de continuer à plaider énergiquement en faveur d’une solution à deux États comportant, d’un côté, l’État juif d’Israël et, de l’autre, un État palestinien viable. Il s’agit là pour moi d’un impératif dicté par la raison et c’est le seul moyen pour que l’ensemble de la région connaisse la stabilité.
Nous nous rendrons la semaine prochaine en Israël à l’occasion des consultations intergouvernementales germano-israéliennes. Nous nous engagerons aux côtés du gouvernement israélien dans de nombreux projets. Nous parlerons également, bien sûr, de la poursuite des négociations au Proche-Orient car nous voulons qu’elles aboutissent. L’Allemagne souhaite y contribuer.
Mon quatrième point concerne l’Afghanistan. Ce pays est au centre de l’attention de la communauté internationale. La mission de la Bundeswehr en Afghanistan reste un défi crucial pour l’Allemagne. Le nouveau mandat de la Bundeswehr en Afghanistan fait actuellement l’objet des débats au Bundestag.
Le ministre fédéral du Développement a prononcé la semaine dernière une déclaration dans laquelle il s’est penché, indépendamment de la mission militaire que nous avons à remplir là-bas, sur les activités de développement et sur le travail que l’Allemagne a accompli en Afghanistan. Je crois que cette déclaration a mis en lumière les nombreux progrès qui ont été faits en Afghanistan mais qui ont tendance à disparaître dans les commentaires quotidiens. Nous sommes heureux que le nombre d’enfants scolarisés soit en forte hausse, que des routes se construisent et que les opportunités d’emploi augmentent.
Nous appliquons depuis longtemps en Afghanistan la stratégie de la sécurité en réseau qui implique une étroite coopération entre les différents ministères fédéraux, Défense, Affaires étrangères, Développement et Intérieur. Je crois que c’est la bonne approche et la communauté internationale y souscrit également. Aussi allons-nous poursuivre cette année notre mission en Afghanistan de façon à permettre à la partie afghane d’assumer elle-même la responsabilité de la sécurité à partir de 2014. Nous avons déjà fixé les étapes nécessaires pour y arriver.
Mesdames, Messieurs, nous voulons que la situation évolue de manière favorable en Afghanistan. Les conditions nécessaires ont été créées lors du sommet de l’OTAN à Lisbonne pendant lequel nous avons également adopté un nouveau concept stratégique pour l’OTAN, une étape importante à mes yeux. C’est là qu’il a été décidé d’appliquer la stratégie de la sécurité en réseau que nous pratiquons déjà en Afghanistan. C’est là également que nos objectifs se sont précisés: nous plaidons en faveur du désarmement et de la maîtrise des armements. Nous voulons mettre en place une défense antimissile. Nous voulons affronter les nouveaux défis tels que la cybersécurité. Nous voulons pratiquer une coopération étroite avec d’autres partenaires en dehors de l’Alliance.
Ce sont là de nouvelles approches: une profession de foi sans équivoque en faveur du désarmement et de la maîtrise des armements, une protection contre les nouvelles menaces, une réponse aux nouvelles possibilités techniques, à l’instar de celle que nous sommes en train de mettre sur pied avec la cyberdéfense, et nous voulons que l’OTAN soit une alliance qui coopère avec d’autres partenaires.Nous pensons que l’OTAN est le garant de notre sécurité. Elle constitue le pilier le plus solide de notre étroit partenariat et de notre amitié transatlantiques auxquels nous restons fidèles, bien sûr, et que nous avons l’intention de continuer à développer. Nous l’affirmons : notre engagement sert en premier lieu à prévenir les conflits. Sur ce plan également, l’éventail des tâches de l’OTAN va s’élargir. Il s’agit d’étouffer les conflits dans l’œuf. Je crois que telle est l’approche moderne que nous devons développer au XXIe siècle et nous comptons bien le faire.
