mercredi, 24. octobre 2012
Mémoire
Mémorial aux Sinti et Roms assassiné
Des centaines de milliers de « tziganes » de toute l’Europe ont été persécutés et assassinés sous le régime nazi. Lors de l’inauguration du Mémorial aux Sinti et Roms assassinés, la chancelière fédérale Angela Merkel a appelé à ne jamais oublier la souffrance des victimes.
Détail du Mémorial aux Sinti et Roms assassinés
Photo : Stiftung Denkmal / Marko Priske
Outre la chancelière fédérale, le président fédéral Joachim Gauck et le président du Bundestag Norbert Lammert étaient présents à l’inauguration officielle du « Mémorial aux Sinti et Roms d’Europe assassinés sous le national-socialisme ». Romani Rose, président du Conseil central des Sinti et Roma allemands, ainsi que des survivants du génocide et leurs familles y participaient également.
Un rescapé de l’Holocauste, le Néerlandais Zoni Weisz, a pris la parole en leur nom. Dans un discours émouvant, il a rappelé le destin de tous ceux qui ont été victimes de la folie raciale du national-socialisme : enfants, hommes et femmes appartenant au groupe des Sinti et des Roms, des Yéniches ou autres gens du voyage.
« Le souvenir fait partie de la façon dont nous concevons notre démocratie »
La chancelière fédérale a remercié tous les survivants d’être venus. Ce monument est dédié à un groupe de victimes qui ont été trop longtemps oubliés de la vie publique. Il « rend hommage aux plusieurs centaines de milliers de Sinti et Roms, aux persécutés du national-socialisme désignés sous le nom de « tziganes », y compris aux Yéniches, qui ont vu leur vie détruite par la politique raciale inhumaine du régime de terreur national-socialiste. »
Le destin de chaque personne tuée au cours de ce génocide est une souffrance indescriptible. « Chacun de ces destins nous remplit et me remplit de tristesse et de honte », a déclaré la chancelière.
Agrandir l'image
Commémoration des victimes
Photo : Bundesregierung/Steins
« Le souvenir fait partie de la façon dont nous concevons notre démocratie ». Le fait d’implanter le mémorial au centre de Berlin entre la Porte de Brandebourg et le Reichstag est une manière de replacer les victimes au centre de la mémoire et aussi d’exhorter les contemporains et les générations futures à rester vigilants, à protéger les minorités et à prendre leurs responsabilités, a déclaré la chancelière.
Appel à la tolérance et au respect des droits de l’homme
Le délégué du gouvernement fédéral à la Culture et aux Médias Bernd Neumann a qualifié le monument « d’élément constitutif de la culture du souvenir en Allemagne », qui atteste que le génocide à l’encontre des Sinti et Roms s’inscrit dans la mémoire historique de notre pays, poursuit-il.
Le monument ne vise pas seulement à commémorer le passé. Il lance également un appel à une plus grande tolérance et appelle à lutter contre la discrimination à l'égard des Sinti et Roms, souligne-t-il.
Le projet de l’artiste Dani Karavan
Le Mémorial a été conçu par l’artiste israélien Dani Karavan.
L’artiste souhaitait créer un lieu de recueillement et d’hommage plein de dignité pour les personnes assassinées. Juste à côté du Tiergarten de Berlin, il a conçu un monument comprenant en son centre une vasque ronde, noire. Sur une pierre flottante en forme de triangle est posée une fleur fraîche, renouvelée chaque jour, en signe de deuil et de souvenir. Un accompagnement au violon diffusé en continu vient souligner cette impression optique.
Sur le bord est gravée, en anglais et en allemand, une citation du poème « Auschwitz » de Santo Spinelli, Rom de nationalité italienne. Le tout est entouré de panneaux explicatifs qui retracent, dans les deux langues, la chronologie du génocide.
Texte intégral de la chronologie
Texte intégral du poème de Sandro Spinelli
Une longue histoire
Les premières réflexions en vue de l'édification d'un monument national en souvenir des Sinti et Roms d’Europe assassinés sous le national-socialisme ont débuté en 1992. Il fallut ensuite plusieurs années pour que le projet se réalise. Cela tenait à des désaccords entre les associations de victimes, notamment sur la question des inscriptions.
À l’initiative du délégué du gouvernement fédéral à la Culture et aux Médias, les parties prenantes se sont finalement accordées sur une « chronologie du génocide des Sinti et Roms ». Le texte a été élaboré par des historiens de l’Institut d’histoire contemporaine de Munich et du Centre de documentation sur le national-socialisme de la ville de Cologne. Le résultat de cette collaboration a été salué explicitement en 2007 par le Bundesrat et la Commission de la culture et des médias du Bundestag. La construction du monument débuta en décembre 2008.
La Fédération a contribué à hauteur d’environ 2,8 millions d'euros à la construction du Mémorial. Le Land de Berlin a mis à disposition le terrain, au sud du Reichtag, et s’est également chargé de la direction et de l’exécution des travaux. Le monument est placé sous la responsabilité de la Fondation du Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe.
